Bruxelles renonce à interdire la pêche en eaux profondes Par Yona HELAOUA avec AFP et Reuters

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pechePar Yona HELAOUA  C’est une victoire pour les armateurs, une amère défaite pour les défenseurs de l’environnement. Mardi 10 décembre, le Parlement européen a rejeté, par 342 voix contre 326, l’interdiction de la pêche en eaux profondes. Selon la Commission européenne, cette pêche représente 1 % des prises totales dans l’Atlantique du nord-est. Il s’agit d’une technique essentiellement pratiquée au large de l’Écosse et de l’Irlande par trois pays : la France, l’Espagne et le Portugal. Elle consiste à tracter un énorme filet sur les fonds marins entre 400 et 1 500 mètres sous la surface. Les ONG environnementales lui reprochent de détruire, lors de son passage, les populations des abysses et les bancs de corail.

Au-delà de l’argument écologique, les associations ont tenté de démontrer que la pêche en eaux profondes n’était pas rentable économiquement. Une étude menée par la New Economics Foundation avance notamment que cette pratique nuit « gravement à l’environnement sans pour autant avoir des retombées économiques positives » notamment en termes d’emplois.

Mais les eurodéputés n’ont pas entendu ces arguments. Ils se sont contentés d’approuver un encadrement de la pêche en eaux profondes afin de protéger les écosystèmes les plus vulnérables. Il est ainsi prévu un contrôle accru des licences qui ne seraient plus accordées pour les zones fragiles et une réévaluation de la situation des espèces et des fonds marins d’ici quatre ans par l’exécutif européen avec la possibilité d’interdire alors les méthodes les plus destructrices. Mais ce cadre ne devrait pas être avalisé par les gouvernements des Vingt-Huit avant les prochaines élections européennes.

Emplois versus environnement

Les industries européennes de la pêche se sont félicitées de cette décision, estimant qu’elle permettra de sauver des emplois. Il s’agit d’une reconnaissance « que la pêche en eaux profondes peut s’exercer de manière durable et responsable en préservant l’équilibre crucial mais fragile entre la protection de l’environnement et celle des territoires maritimes auxquels des milliers d’emplois sont attachés », a ainsi déclaré Olivier Le Nézet, président de Blue Fish qui représente les intérêts des armateurs.

En France, le distributeur Intermarché était particulièrement visé. Il contrôle, via la Scapêche, premier armateur français de pêche fraîche, six des neuf navires français qui pratiquent le chalutage en eaux profondes. Selon la Scapêche, jusqu’à 3 000 emplois étaient directement menacés par une interdiction. Selon le ministère français de la Pêche, le chiffre était plutôt de 500.

De leur côté, les associations écologistes s’insurgent. À l’origine de la lutte anti-chalutage en France via son association Bloom, Claire Nouvian dénonce une « victoire du lobbying acharné des industriels ». L’association reproche aux eurodéputés bretons Alain Cadec (UMP) et Isabelle Thomas (PS) d’avoir pris position en faveur d’ »un modèle de pêche destructrice, subventionnée, défendue par les cabinets de lobbying les moins éthiques de Bruxelles ».

La mobilisation contre le chalutage en eaux profondes avait connu un regain ces dernières semaines, grâce à la médiatisation de la dessinatrice Pénélope Bagieu, qui a créé une mini-bande dessinée ludique spécialement pour l’occasion. L’association Bloom avait alors recueilli plus de 750 000 signatures pour l’interdiction du chalutage. Une pression qui a visiblement fonctionné, puisque certains distributeurs n’ont pas attendu la décision européenne pour agir. Lundi 9 décembre, Carrefour a ainsi annoncé qu’il mettrait progressivement un terme à la commercialisation des poissons issus de cette pêche. Le groupe Casino avait pris la même décision début décembre.

Avec AFP et Reuters

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