Dépendance alimentaire: peut-on y résister? Par Jean Yves Dionne

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franchementsanteDes experts associent souvent la dépendance alimentaire avec un trouble de comportement. En effet, la compulsion alimentaire est un trouble qui peut se traiter avec une thérapie comportementale. (La dépendance alimentaire: mythe ou réalité? sur www.plaisirssante.ca) Ce trouble affecte certaines personnes, mais cela n’explique pas pourquoi plusieurs d’entre nous ont de la difficulté à résister à certains aliments… Et quand http://www.jydionne.com/dependance-alimentaire-peut-on-y-resister/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+jydionne+%28Jean-Yves+Dionne%29

je dis plusieurs d’entre nous, je m’inclus tout à fait dans le nous. Oui, nous sommes nombreux à avoir de la difficulté à résister à certaines textures, certains goûts, certains aliments. Dans mon cas personnel, les aliments salés, les infâmes chips, sont mon péché mignon. Je trouve difficile de ne pas en manger… et de ne pas finir le sac. Bien sûr, j’ai trouvé des mécanismes de contrôle, comme choisir d’en consommer à certains moments et de m’en servir seulement un petit bol au lieu de garder le sac à proximité. Mais je trouve toujours aussi difficile de résister. Suis-je anormal? Et bien non! On commence à constater que, au-delà du trouble de comportement, il existe véritablement un phénomène d’addiction, ou de satisfaction neurologique (qui ressemble au phénomène de dépendance), lié à l’aliment. J’ai déjà écrit quelques textes sur le sujet: Dépendance alimentaire?, 12 hommes en colère… contre la dépendance alimentaire.

Étude sur le phénomène de dépendance alimentaire

Une équipe de chercheur a développé un questionnaire pour évaluer, dans une population donnée, l’importance du phénomène de dépendance: l’échelle de dépendance alimentaire Yale (Yale Food Addiction Scale – YFAS). Cet outil cherche à identifier les aliments agréables et savoureux (depuis les frites jusqu’au chocolat) susceptibles de causer le comportement de d’addiction en se basant sur les critères diagnostiques des dépendances aux substances (drogues). Des résultats élevés à ce questionnaire sont souvent associés à une plus grande impulsivité, à des épisodes d’hyperphagie (compulsion alimentaire, boulimie, Binge-eating), de dépression, de rages alimentaires, à une moins bonne réponse aux traitements de perte de poids, et même à un gain de poids plus grand après la chirurgie bariatrique (chirurgie de réduction de l’estomac pratiquée chez des obèses).

Ces chercheurs ont fait passé le test à près de 8000 femmes âgées de 45 ans et plus pour constater que, dans le groupe des 45 à 64 ans, les addictions alimentaires sont présentes chez 8,2% des femmes. Chez les femmes les plus grasses (avec un indice de masse corporel [IMC] de plus de 35), le risque de dépendance est 15 fois plus élevé que chez les plus minces (IMC entre 18,5 et 22,9).(1)

Dans cette enquête, on a utilisé une définition de la dépendance qui s’applique aux cas sévères. Avec une définition plus souple, qui sait jusqu’où irait ce phénomène…

Néfaste food et dépendance

Les grands industriels du néfaste food sont tout à fait au courant de ce phénomène. Ces financiers n’ont qu’une seule préoccupation: gagner toujours plus de profit. Pour ce faire, ils mettent leurs efforts sur:

1-    augmenter l’attrait (et même le besoin) des aliments qu’ils proposent;

2-    baisser les coûts de ces aliments.

On voit tout de suite que la quête du profit de ces conglomérats les poussent à créer des aliments qui incorporent des ingrédients moins chers et générateurs d’addiction (sucre, sel, gras, additifs alimentaires, etc.) au détriment des ingrédients complets et nutritifs, mais beaucoup plus chers.

Soyons donc plus fin renard et usons d’une stratégie inverse:

  • achetons et préparons des aliments complets produits, le plus possible, par de petits producteurs;
  • développons nos goûts, lentement mais sûrement, pour des aliments plus complexes: épices, amertume, etc.

Un petit pas à la fois. Vous verrez, moins on consomme de ces aliments, moins on veut en consommer. Par exemple, certains aliments que j’aimais il y a quelques années sont maintenant beaucoup trop sucrés à mon goût. Tout ça parce que j’ai graduellement réduit ma consommation de sucres et d’aliments industriels. C’est le premier pas qui est le plus difficile.

Notre santé est beaucoup plus importante que les profits des multinationales. Il faut donc tenter, dans la mesure de nos moyens personnels, de nous outiller pour mieux résister aux dépendances alimentaires. Cependant, de grâce, ne culpabilisez pas ! La culpabilité ne sert à rien et entretient le comportement. Félicitez-vous pour les petites réussites et passez outre les écarts. Notez que, dans mon exemple, j’ai choisi de limiter ma consommation des infâmes chips, pas de la proscrire. Vous savez pourquoi? Parce que plus c’est interdit, plus c’est tentant!!!

Santé!

 

Référence:

  1. Flint AJ, Gearhardt AN, Corbin WR, Brownell KD, Field AE, Rimm ER. Food addiction scale measurement in 2 cohorts of middle-aged and older women. Am J Clin Nutr. March 2014 ajcn.068965. First published January 22, 2014, doi: 10.3945/ajcn.113.068965.

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