Personnes âgées : médicamenter ou supplémenter? Par Jean Yves Dionne Franchement Santé

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franchementsanteTout récemment, une étude montre que l’usage d’un antidépresseur, le citalopram (Celexa), est efficace pour réduire l’agitation chez des personnes en institution souffrant de la maladie d’Alzheimer.(1,2) Malgré ces résultats positifs, les chercheurs ont notés que le médicament diminuait les facultés cognitives de ces patients déjà atteints. http://www.jydionne.com/personnes-agees-medicamenter-ou-supplementer/

Il est vrai que l’agitation qui accompagne la maladie d’Alzheimer est difficile à gérer, surtout dans les milieux qui regroupent plusieurs personnes atteintes de cette condition dramatique. J’aimerais cependant attirer l’attention sur certains faits qui sont, trop souvent, passés sous silence quand on parle de personnes âgées, et plus particulièrement dans les CHSLD (centres hospitaliers de soins longue durée).

Médicaments et gériatrie

Les gériatres et gérontologues le savent. Pour plusieurs personnes âgées, les troubles cognitifs et d’agitation, voire de démence, sont très souvent dus aux médicaments eux-mêmes.(3) En effet, plusieurs médicaments, qui peuvent être très bien tolérés chez la personne plus jeune, deviennent source d’effets secondaires importants chez la personnes du 3e ou du 4e âge. Ce fait était déjà connu dans les années 1990.(4) D’ailleurs, lors d’une formation sur le sujet à laquelle j’ai participé, j’ai bien aimé la phrase suivante énoncée par une gériatre: «Pour les patients d’un certain âge, quand on est confronté à un effet adverse ou à une détérioration de la santé, on cherche le médicament coupable et on l’enlève!»

Carences nutritionnelles

L’autre chose à savoir, est que la très grande majorité des personnes en institution souffre de carences nutritionnelles importantes. Malheureusement, cet aspect est par trop négligé. (Consultez  Carences nutritionnelles induites par les médicaments  et Les Canadiens n’ont pas les taux sanguins de vitamine D nécessaires pour être en santé pour en connaitre plus sur les carences nutritionnelles.)

Prenons, par exemple, la vitamine B12. Un article paru dans le magazine Médecin du Québec, sous la plume de deux nutritionnistes, mesdames Lucie Bergeron et Francine Pouliot, aborde la notion de carence en vitamine B12. Cette carence, qu’on associe à des anémies, est aussi susceptible de provoquer des troubles neurologiques qui peuvent s’avérer très sévères.(5)

Symptômes neurologiques de carence en B12

  • Démence
  • Dépression
  • Confusion
  • Perte de mémoire
  • Psychose
  • Maladie vasculaire cérébrale (taux d’homocystéine augmenté)
  • Dégénérescence combinée subaiguë de la moelle
  • Ataxie (perte de coordination des mouvements volontaires)
  • Perte du sens vibratoire
  • Spasticité
  • Démarche anormale
  • Paresthésie (perception de sensations anormales)
  • Engourdissements
  • Faiblesse
  • Signe de Lhermitte (sensation de décharge électrique)
  • Incontinence urinaire et fécale

Sachant que le taux sanguin normal de vitamine B12 devrait être au delà de 300 pmol/l et qu’on considère généralement qu’il y a carence lorsque le taux est de moins de 220 pmol/l, les auteures de l’article cité ci-haut donnent des chiffres très éloquents sur la proportion de patients en CHSLD ayant une carence en B12 :

  • 33% des patients ont un taux de B12 entre 150 et 220 pmol/l;
  • 18% ont un taux inférieur à 150 pmol/l;
  • 100% des patients de l’unité des troubles liés à la démence ont un taux inférieur à 185 pmol/l, et 43% ont un taux plus faible que 110 pmol/l.

Après une telle constatation, ne serait-il pas logique de supplémenter les personnes âgées avec de la vitamine B12 ainsi que d’autres nutriments avant de recourir à la pharmacothérapie? Surtout maintenant qu’on sait qu’il n’est pas nécessaire de donner la B12 en injection (la forme orale fait tout aussi bien l’affaire).(6) De plus, la vitamine B12 n’a aucune toxicité et ne coute que quelques sous. Bref, ce serait si simple d’essayer… (Consultez aussi Vitamines et Alzheimer, une avenue d’espoir?Prévention de l’Alzheimer; Vitamine D et Alzheimer; Garder un cerveau jeune et Alzheimer et déclins cognitifs: prévention et possibles traitements)

Santé!

 

Références:

  1. Porsteinsson AP, Drye LT, Pollock BG, Devanand DP, Frangakis C, Ismail Z, Marano C, Meinert CL, Mintzer JE, Munro CA, Pelton G, Rabins PV, Rosenberg PB, Schneider LS, Shade DM, Weintraub D, Yesavage J, Lyketsos CG; CitAD Research Group. Effect of citalopram on agitation in Alzheimer disease: the CitAD randomized clinical trial. JAMA. 2014 Feb 19;311(7):682-91. doi: 10.1001/jama.2014.93. PubMed PMID: 24549548.
  2. Michael Smith M. Celexa Eases Alzheimer’s Agitation, but Safety Unclear. 18 février 2014, http://www.medpagetoday.com
  3. Dicko M, Caillet P, Lafuente-Lafuente C, Paillaud E. Agitation iatrogène chez le sujet âgé : prévalence, causes et prise en charge. Presse Med. 2013 Feb;42(2):181-6. doi: 10.1016/j.lpm.2012.06.024.
  4. Moore AR, O’Keeffe ST. Drug-induced cognitive impairment in the elderly. Drugs Aging. 1999 Jul;15(1):15-28. Review. PubMed PMID: 10459729.
  5. Bergeron L, Pouliot F. La carence en vitamine B12, sous-estimée et sous-diagnostiquée. Le Médecin du Québec 2011 février;46(2) : 79-83.
  6. Masucci L, Goeree R. Vitamin B12 intramuscular injections versus oral supplements: a budget impact analysis. Ont Health Technol Assess Ser. 2013 Nov 1;13(24):1-24. eCollection 2013. PubMed PMID: 24379898; PubMed Central PMCID: PMC3874775.

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