Vladimir Poutine : en Syrie, Daech détient des otages américains et européens, mais l’Occident se tait Par Sayed Hasan

by Neptunya | 28 octobre 2018 17 h 32 min

Vidéo et transcription sur le site suivant:

https://sayed7asan.blogspot.com/2018/10/vladimir-poutine-en-syrie-daech-detient.html[1]

[…] Fyodor Lukyanov : La conférence de Valdaï d’il y a trois ans (en 2015) s’est déroulée exactement deux semaines après le début de l’intervention militaire russe en Syrie.

Je me souviens que l’un de nos collègues vous a posé la question suivante : « Cela valait-il vraiment la peine de s’impliquer ? Car il y aura des coûts et des pertes, et on ne sait pas comment cela va finir. » Et vous avez prononcé cette phrase mémorable[2], qui a été énormément citée par la suite : « Il y a 50 ans, j’ai appris une règle dans les rues de Léningrad : si le combat est inévitable, il faut frapper le premier. »

Eh bien, nous avons frappé, et trois ans plus tard, la situation en Syrie a effectivement radicalement changé, mais il est toujours impossible de dire que le problème a été résolu. Les événements récents donnent des impressions à la fois positives et négatives. Je voudrais donc répéter la question posée il y a trois ans : « Peut-être que cela ne valait pas la peine de prendre ce risque, car les pertes se sont avérées sérieuses ? »

Vladimir Poutine : Je me souviens de cette question, mais ça sonnait plutôt comme « Des pertes sont-elles possibles ? ». J’ai ensuite répondu : « Oui, c’est possible, mais nous devons empêcher le pire cours des événements. » Et quel serait le pire développement pour nous ? Une « somalisation » totale de cette région, une dégradation complète de l’Etat et l’infiltration d’une partie importante des militants sur le territoire de la Fédération de Russie et sur celui d’États voisins avec lesquels nous n’avons ni barrière douanière ni frontière, un régime d’exemption de visa. Cela aurait présenté un danger réel et sérieux pour nous.

Mais nous avons en grande partie écarté ce risque par nos actions, car nous avons infligé d’énormes pertes aux terroristes en Syrie. Un grand nombre d’entre eux ont été éliminés et, Dieu merci, certains ont décidé de renoncer : ils ont déposé les armes après avoir perdu la foi en les principes qu’ils considéraient justes. Je dirais que c’est là le résultat le plus important.

La deuxième chose, non moins importante, est que nous avons préservé l’État syrien, et, dans ce sens, contribué à stabiliser la région. Nous en avons discuté en détail avec le Président égyptien hier ; il partage cette position, et elle est partagée par de nombreux autres pays. C’est pourquoi je pense que nous avons généralement atteint les objectifs que nous nous étions fixés lors du lancement de l’opération en République Arabe Syrienne. Nous avons obtenu un résultat.

Après tout, quelques années avant nous, les pays qui ont accepté de participer à ces opérations antiterroristes, le plus souvent volontairement, et peut-être même avec des buts et objectifs discutables, quels résultats avaient-ils obtenus au cours des trois années précédentes ? Aucun. Alors que pour notre part, nous avons libéré près de 95% de tout le territoire de la République Syrienne. Ceci est mon premier point.

Deuxièmement, nous avons soutenu et raffermi l’Etat syrien, prévenant son effondrement. Il est vrai qu’il y a encore beaucoup de problèmes. Nous voyons ce qui se passe actuellement sur la rive gauche de l’Euphrate. Nos collègues le savent probablement : ce territoire est sous la domination de nos partenaires américains. Ils comptent sur les forces armées kurdes.

Mais il ont manifestement laissé des failles : Daech reste présent dans plusieurs endroits et a récemment commencé à élargir sa zone d’influence. Ils ont pris en otage 130 familles, près de 700 personnes.

Je pense que peu de personnes présentes ici savent qu’ils ont formulé des ultimatums et des exigences et averti que si ces ultimatums n’étaient pas respectés, ils tueraient 10 personnes par jour. Avant-hier, 10 personnes ont été abattues. Exécutées. Ils ont commencé à mettre leurs menaces à exécution.

C’est tout simplement horrible. Je considère que c’est une véritable tragédie. Nous devons faire quelque chose. Pourquoi nos collègues (occidentaux) gardent-ils le silence ? Selon nos informations, plusieurs citoyens américains et européens font partie des otages.

Tout le monde se tait, il y a un silence complet, comme si rien ne se passait. Par conséquent, il reste encore beaucoup à faire, c’est vrai. Mais je répète que dans l’ensemble, nous avons atteint notre objectif.

La prochaine étape est un règlement politique aux Nations Unies, à Genève. Nous devons maintenant former un comité constitutionnel. Les progrès ne sont pas faciles, mais nous progressons toujours. J’espère que nous irons de l’avant avec nos partenaires dans ce domaine.

Fyodor Lukyanov : Vous avez dit que certains militants ont perdu la foi et ont compris qu’ils avaient tort. Tout d’abord, êtes-vous sûr qu’ils ont perdu la foi ? Peut-être étaient-ils simplement vaincus, et qu’ils se sont rendu compte qu’il était inutile de continuer à se battre, mais la situation pourrait évoluer et les amener à retrouver leur foi ?

Vladimir Poutine : Peut-être. Peut-être. Vous avez probablement en partie raison.

Certains d’entre eux ont vraiment baissé les bras et se sont rendu compte qu’ils avaient des objectifs illégitimes. D’autres ont simplement profité de nos mesures humanitaires pour le moment et sont prêts à reprendre les armes à tout moment. C’est possible.

Cela signifie simplement que nous devons tous être sur le qui-vive, ne pas sous-estimer les menaces et intensifier notre travail commun pour lutter contre le terrorisme, l’idéologie du terrorisme et le financement du terrorisme.

Fyodor Lukyanov : Une question sur l’actualité, si vous me le permettez. Le 15 octobre était une date limite fixée par la Turquie pour faire certaines choses à Idlib. Pensez-vous qu’ils ont accompli ce qu’ils étaient censés faire ?

Vladimir Poutine : Non, pas encore, mais ils y travaillent. Nous le voyons. À cet égard, je tiens à remercier nos partenaires turcs. Nous voyons qu’ils travaillent à cela. Ce n’est pas simple. Au contraire, tout est compliqué, mais ils respectent leurs engagements.

La zone démilitarisée dont nous avons convenu est en train d’être créée dans la zone de désescalade d’Idlib, à une profondeur de 15 à 20 kilomètres. Toutes les armes lourdes n’ont pas encore été retirées et tous les membres des organisations terroristes Daech et Al-Nosra ne sont pas partis, mais nos partenaires turcs font de leur mieux pour s’acquitter de leurs obligations.

Ceci, je le répète, n’est pas facile, il faut voir au-delà des apparences. Ils ont même déployé un hôpital militaire dans cette zone car il y a des pertes. Ils agissent très fermement et sont très efficaces dans leur lutte contre ces groupes terroristes. […]

Endnotes:
  1. https://sayed7asan.blogspot.com/2018/10/vladimir-poutine-en-syrie-daech-detient.html: https://sayed7asan.blogspot.com/2018/10/vladimir-poutine-en-syrie-daech-detient.html
  2. cette phrase mémorable: https://vimeo.com/261205187

Source URL: https://neptunya.fr/vladimir-poutine-en-syrie-daech-detient-des-otages-americains-et-europeens-mais-loccident-se-tait-par-sayed-hasan/


Le terrorisme israélien dans les territoires occupés par Sayed Hasan

by Neptunya | 9 avril 2018 6 h 44 min

Traduction sur le site suivant:

La vie quotidienne dans « la seule démocratie du Moyen-Orient » (VOSTFR / Sous-titres français)

Source : TeleSur, 10 janvier 2017

Traduction : sayed7asan.blogspot.fr/2017/02/documentaire-sur-le-terrorisme.html[1]

Endnotes:
  1. sayed7asan.blogspot.fr/2017/02/documentaire-sur-le-terrorisme.html: http://sayed7asan.blogspot.fr/2017/02/documentaire-sur-le-terrorisme.html

Source URL: https://neptunya.fr/le-terrorisme-israelien-dans-les-territoires-occupes-par-sayed-hasan/


YouTube a censuré cet épisode de la série documentaire d’Abby Martin ‘Empire Files’ consacré au militarisme israélien.

by Neptunya | 9 avril 2018 6 h 41 min

Telesur, le 6 avril 2018

YouTube a censuré cet épisode de la série documentaire d’Abby Martin ‘Empire Files’ consacré au militarisme israélien.https://vimeo.com/263760928[1]
Le documentaire d’Abby Martin, qui met en lumière la violence militaire israélienne contre les Palestiniens, a été bloqué le 5 avril 2018 dans 28 pays pour violation présumée des ; »>« lois locales », a annoncé l’animatrice de TéléSur.
Selon le compte Twitter officiel de The Empire Files, YouTube a envoyé au programme un avis les informant que « Nous avons reçu une plainte légale concernant votre vidéo » et les notifiant que la vidéo serait bloquée dans 28 pays, dont le Royaume-Uni, la France, Israël et Italie.
L’épisode bloqué comportait une interview du journaliste Max Blumenthal sur la montée des attitudes militaristes et racistes à l’égard des Palestiniens en Israël.

[2]

http://sayed7asan.blogspot.fr/[3]


Max Blumenthal a déclaré plus tard à Russia Today : « Mes commentaires étaient entièrement basés sur ma vaste expérience journalistique dans la région et mon analyse était de nature clinique : à aucun moment, je n’ai dénigré quiconque en raison de sa foi ou de son appartenance ethnique.

Blumenthal estime que la Ligue anti-diffamation [ADL, équivalent américain du CRIF/LICRA] est derrière la censure : elle participe au système de signalement de YouTube et considère les actions liées au Boycott, aux sanctions et au désinvestissement (BDS) et l’opposition à l’occupation israélienne comme du racisme.

La coopération entre les forces sionistes et les réseaux sociaux pour censurer les médias pro-palestiniens a été bien documentée. L’année dernière, le journaliste Glenn Greenwald a révélé que le géant des réseaux sociaux Facebook travaillait activement avec le gouvernement israélien à la censure.Selon Tel Aviv, « l’incitation en ligne » est responsable de la résistance à l’occupation. Israël cherche activement à supprimer les postes prétendument « incendiaires ».
En savoir plus sur le site suivant http://sayed7asan.blogspot.fr/[4]

Endnotes:
  1. https://vimeo.com/263760928: https://vimeo.com/263760928
  2. [Image]: https://3.bp.blogspot.com/-9lgAVClHj4M/Wsnu07NYVTI/AAAAAAAADUo/vI6vnjRwFrUmOQYtEvU0we5WTf0-DBr7gCLcBGAs/s1600/Tweet%2BEmpire%2BFiles.png
  3. http://sayed7asan.blogspot.fr/: http://sayed7asan.blogspot.fr/
  4. http://sayed7asan.blogspot.fr/: http://sayed7asan.blogspot.fr/

Source URL: https://neptunya.fr/youtube-a-censure-cet-episode-de-la-serie-documentaire-dabby-martin-empire-files-consacre-au-militarisme-israelien/


Norman Finkelstein: Pourquoi Trump a reconnu Jérusalem capitale d’Israël ? Par Sayed Hasan

by Neptunya | 4 février 2018 18 h 14 min

Vidéo sur le lien suivant:

http://sayed7asan.blogspot.fr/2018/02/norman-finkelstein-trump-reconnu.html[1]

Transcription:

Amy Goodman : Avant de parler plus longuement de Gaza, je voulais vous demander brièvement ce qui a selon vous motivé le Président Trump à reconnaitre Jérusalem comme capitale (d’Israël), déclarant qu’il déplacerait l’ambassade américaine de Tel Aviv, et ce que vous pensez de la réponse massive à l’ONU après que cette reconnaissance ait été annoncée, le vote écrasant contre les États-Unis, et le fait que les États-Unis ont menacé ceux qui ont voté contre eux.
Norman Finkelstein : Eh bien, le fonctionnement de la politique américano-israélienne est une question un peu compliquée. Mais en général, on pourrait dire que lorsque des intérêts nationaux majeurs sont en jeu, le lobby israélien a très peu de pouvoir. Nous l’avons vu, par exemple, lors des négociations sur l’accord avec l’Iran. C’était un intérêt national majeur pour les États-Unis. Le lobby y était radicalement opposé. Netanyahou y était radicalement opposé. Mais l’accord est passé. Et de nombreux partisans d’Israël – Dianne Feinstein, Nancy Pelosi, l’ensemble du gang – ont soutenu l’accord. Mais quand un intérêt majeur des États-Unis n’est pas en jeu, le lobby est assez puissant.

Donc dans ce cas particulier, il était clair que les Saoudiens, qui constituent un intérêt majeur pour les États-Unis, se fichaient de ce que les États-Unis feraient de Jérusalem. Ils ont donné le feu vert : « Si vous voulez la donner à Israël, ça ne nous pose pas de problème, on s’en moque ». Donc, aucun intérêt national américain n’était en jeu, et Trump a donc fait ce que tout le monde fait : il a récompensé ses donateurs. Dans ce cas, c’était Sheldon Adelson, le magnat des casinos milliardaire, qui soutenait fortement la reconnaissance américaine de Jérusalem comme capitale indivise d’Israël.
Mais nous devons garder à l’esprit que ce n’était pas seulement Trump. Vous savez, parfois les médias veulent accabler Trump. Et ils oublient qu’il ne s’agit pas seulement de Trump. Charles Schumer, l’actuel leader de la minorité sénatoriale, Schumer attaquait constamment Trump, juste après son élection : « Pourquoi ne reconnaissez-vous pas Jérusalem comme la capitale indivise (d’Israël) ? » Quand Trump l’a reconnue, Schumer, Charles Schumer,  a dit : « Il l’a fait grâce à moi, c’est moi qui l’ai poussé à reconnaître Jérusalem capitale d’Israël. » Voilà les propos du chef de la minorité sénatoriale.
Et pour la même raison, si vous regardez l’argent de Schumer, il l’obtient principalement des Juifs conservateurs de droite et de Wall Street, les mêmes sources d’argent que Trump, les mêmes financeurs. Et sur ces questions, beaucoup de démocrates, y compris Schumer – ou plutôt surtout Schumer, devrais-je dire – sont pires que Trump.
Par exemple, après l’incident du Mavi Marmara en 2010, quand Israël a tué les passagers à bord du navire humanitaire, le Mavi Marmara, ils ont tué 10 passagers, Charles Schumer s’est rendu devant un groupe de Juifs orthodoxes et a déclaré : « Les habitants de Gaza ont voté pour le Hamas, ils ont voté pour le Hamas, et par conséquent, la strangulation économique est la voie à suivre. » Ayez bien conscience du fait que nous parlons d’une population, dont plus de la moitié est composée d’enfants, qui vit sous un siège médiéval. Et ce qu’il dit en substance, c’est que nous devrions continuer à les affamer, jusqu’à ce qu’ils votent contre le Hamas ou se débarrassent du Hamas. Que dire d’un tel personnage ?
Vous savez, Charles Schumer était dans le même lycée que moi, tout comme Bernie Sanders du reste. Je ne le connaissais pas. Il avait, je crois, quatre ans d’avance sur moi. J’ai assez bien connu sa sœur, Fran. Extrêmement intelligente. Vous savez, même maintenant, près d’un demi-siècle plus tard, je m’en souviens toujours aussi bien. Une jeune femme extrêmement brillante. Ils étaient décents, en fait. Chuck – on l’appelait Chuck –, son père était un exterminateur. Vous savez, c’est très marquant. C’était un spectacle impressionnant. C’était quelqu’un d’extrêmement brillant. Il était major de sa classe, et il était très en avance sur tout le monde, comme Fran, vous voyez ? Mais que dire de ce qu’ils sont devenus ?
Il a grandi à Kings Highway à Brooklyn, tout près de l’endroit où Bernie [Sanders] a grandi. Je passais devant sa maison tous les jours, en allant à la piscine en vélo. Que peut-on dire d’une personne qui recommande d’affamer des enfants ? C’est ce qu’il a préconisé, vous savez. C’est un monstre moral. Et il faut reconnaitre ce fait. C’est un monstre moral. Et pourtant, tout le monde veut cracher sur Trump. Que dire de personnes comme Schumer ?
Amy Goodman : Eh bien, nous allons faire une pause, et ensuite, nous parlerons de la situation que vous décrivez à Gaza. Votre nouveau livre s’intitule Gaza: une enquête sur son martyre. Nous parlons avec l’auteur et chercheur Norman Finkelstein. Le livre vient tout juste d’être publié. Restez avec nous. […]
Traduction des deux dernières parties sur Gaza à venir sur dailymotion.com/Sayed_7asan[2].
Endnotes:
  1. http://sayed7asan.blogspot.fr/2018/02/norman-finkelstein-trump-reconnu.html: http://sayed7asan.blogspot.fr/2018/02/norman-finkelstein-trump-reconnu.html
  2. dailymotion.com/Sayed_7asan: http://dailymotion.com/Sayed_7asan

Source URL: https://neptunya.fr/norman-finkelstein-pourquoi-trump-a-reconnu-jerusalem-capitale-disrael-par-sayed-hasan/


Hassan Nasrallah : nous allons libérer Al-Quds (Jérusalem) et toute la Palestine (CENSURÉE PAR YOUTUBE) et remis sur Viméo

by Neptunya | 16 décembre 2017 18 h 04 min

Discours du Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, le 11 décembre 2017, lors de la manifestation à Beyrouth dénonçant la décision de Donald Trump de reconnaître Al-Quds (Jérusalem) comme capitale d’Israël

Hassan Nasrallah : nous allons libérer Al-Quds (Jérusalem) et toute la Palestine[1] from 7asan saleh[2] on Vimeo[3].

Endnotes:
  1. Hassan Nasrallah : nous allons libérer Al-Quds (Jérusalem) et toute la Palestine: https://vimeo.com/247476734
  2. 7asan saleh: https://vimeo.com/user67630101
  3. Vimeo: https://vimeo.com

Source URL: https://neptunya.fr/hassan-nasrallah-nous-allons-liberer-al-quds-jerusalem-et-toute-la-palestine-censuree-par-youtube-et-remis-sur-vimeo/


Par Ramin Mazaheri/ L’Iran, une réussite méconnue du socialisme sur le site Sayed7asan

by Neptunya | 29 septembre 2017 18 h 05 min

Par Ramin Mazaheri

Source : https://thesaker.is/iran-socialisms-ignored-success-story/[1]

Traduction : http://sayed7asan.blogspot.fr/[2]

L’Iran a dernièrement tenu des élections présidentielles, mais cet article ne parlera pas des candidats, du résultat ou des conséquences politiques.

Je travaille pour la chaine iranienne Press TV, ce qui fait basiquement de moi un fonctionnaire, et je pense qu’il est plus correct pour moi de ne pas révéler pour qui j’ai voté afin de préserver mon indépendance vis-à-vis du gouvernement. Je suis très heureux de travailler pour « le peuple » au lieu de travailler pour « une personne » – contrairement aux médias privés – et je soutiendrai tout candidat élu par le peuple.

Pourquoi soutiendrai-je le gouvernement iranien, quelle que soit la personne qui le dirige ? Ce n’est certes pas pour mon modeste salaire.

Je soutiens l’Iran parce que je soutiens le socialisme partout où je le trouve, et l’Iran a du socialisme en abondance.

Le socialisme iranien a réussi avec beaucoup de succès à redistribuer la richesse aux citoyens du quotidien ; à sauvegarder la sécurité de la nation malgré les bases militaires américaines qui l’encerclent et les menaces répétées ; à développer l’économie malgré un blocus international ; à produire une politique étrangère basée sur des principes politiques ; et à lutter contre les politiques identitaires clivantes qui sapent la solidarité humaine.

J’ai vu l’Iran de mes yeux au fil des décennies, contrairement à 99% des journalistes qui prétendent comprendre l’Iran, donc vous ne pourrez pas m’en dédire.

Et je ne vais même pas essayer de vous convaincre. Ce n’est pas non plus ce genre d’article.

Cet article vise à présenter aux lecteurs de gauche et aux partisans du socialisme une réalité qui devrait être très claire : l’Iran est une nation socialiste. Et plus encore : l’Iran est une réussite du socialisme.

L’Iran, comme toutes les nations, a connu une histoire et un développement uniques ; bien sûr, nous avons aussi lu Marx, depuis aussi longtemps que tout le monde.

Mais la manière la plus convaincante et la plus simple d’expliquer cela aux non-Iraniens est la suivante : l’Europe est parvenue au socialisme par l’industrialisation, la théorie et la guerre, mais l’Iran est parvenu au socialisme par ses croyances religieuses et ses principes moraux. Les fins sont les mêmes, et c’est tout ce qui devrait importer pour toute personne qui tente vraiment de promouvoir le socialisme pour les avantages qu’il apporte au citoyen de base.

Le problème n’est pas nous, c’est vous

Je le répète : quand il s’agit de considérer les contributions de l’Iran au socialisme, le problème n’est pas nous, c’est vous…

Je crois qu’environ 99% des Occidentaux n’ont aucune idée de ce qu’est vraiment l’Iran. Malheureusement, cette ignorance totale sur l’Iran et sur le monde musulman est la norme historique en Occident.

La plus grande contribution du spécialiste du Moyen-Orient Edward Said est que son livre Orientalisme a définitivement prouvé par la recherche historique que l’Occident n’a jamais, jamais été favorable au monde musulman.

Pas au 8ème siècle, lorsque les musulmans occupaient la péninsule ibérique, ni durant les siècles suivants, lorsque l’Islam était un concurrent idéologique du Christianisme ; pas au 15ème siècle, lorsque l’Empire ottoman occupait les Balkans ; pas au 19ème siècle, lorsque les Européens ont occupé le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord ; pas en 1916, quand ils ont redessiné les frontières au bénéfice de l’Occident ; pas en 1945, quand ils ont bombardé des pays comme la Syrie qui avaient pourtant combattu de leur côté contre les Allemands et les Italiens ; pas dans les années 1960, lorsque leur réaction à l’indépendance fut le néo-colonialisme ; pas en 1979, lorsqu’ils ont créé le précurseur des Talibans ; pas pendant deux guerres en Irak, une guerre en Syrie aujourd’hui, etc.

L’argument d’Edward Said était le suivant : Jamais l’Occident n’a considéré ou traité le monde musulman comme un égal, et encore moins un égal intellectuel.

Compte tenu de cette histoire, pourquoi les Iraniens devraient-ils s’attendre à ce que la réalité de notre modernité de haute performance soit acceptée et admirée ?

LOL, croyez-moi, je suis au-dessus de ça ! J’écris ceci pour vous éclairer, pas pour moi ! J’espère humblement que j’y arriverai.

Je vais aborder la pierre d’achoppement (bien plutôt un rocher) manifeste du problème, et rapidement : Oui, je suppose qu’une grande partie de ce préjugé contre l’Iran est religieux. Certains chrétiens ne peuvent pas accepter que l’Islam promeuve le plus récent Prophète du monothéisme qu’ils partagent tous les deux. [Et tous les adeptes du culte fanatique de la laïcité, après avoir durablement détruit l’Eglise, ne sauraient avoir que répulsion pour tout ce qui évoque l’Islam].

De tels préjugés religieux ne sont pas mon problème, et ils n’aveuglent pas mon analyse de l’Iran en 2017.

Aucun socialiste ne croit en un « choc de civilisations » ou une « guerre de religions », de toute façon.

Mon but n’est pas de critiquer l’Europe pour son manque de fraternité avec sa consœur religion abrahamique qu’est l’Islam. Mais je la critique en 2017 parce que la plupart des Occidentaux croient que même les Iraniens les plus à gauche ne peuvent pas même pas être qualifiés de « sociaux-démocrates conservateurs » !

Peut-il jamais y avoir un « démocrate » musulman ou un « républicain » iranien ?

La preuve de ce parti pris est les décennies d’oppression occidentale contre les Frères musulmans [qu’ils ont pourtant assisté contre le sécularisme souverainiste de Nasser ou Hafez al-Assad], contre la Révolution iranienne et contre toute tentative musulmane visant à permettre à leur religion de s’inscrire dans leur politique. Cela bien que les partis chrétiens-démocrates aient gouverné l’Europe pendant des décennies après la Seconde Guerre mondiale, et il serait absurde de penser que le dogme chrétien ne soit nullement respecté et promu aujourd’hui au sein de la politique européenne [sauf pouf le laïcisme français, foncièrement antireligieux].

Donc, si les Iraniens ne peuvent même pas être considérés à la hauteur de notions du 19ème siècle, pourquoi l’Occident accepterait-il que l’Iran de 2017 soit encore plus véritablement de gauche que l’idéologie à peine centriste de la social-démocratie européenne ?

Bien sûr, l’Européen moyen ne peut pas l’accepter, et c’est pourquoi les socialistes occidentaux seront atterrés par l’idée que l’Iran est une « réussite méconnue du socialisme ».

La gauche radicale du socialisme européen, qui cherche à détruire la religion organisée, en est particulièrement effarée, mais ils ne sont qu’une petite minorité, heureusement en voie de disparition. Ils ne se rendent pas compte qu’ils ont déjà été drastiquement dilués, sinon évincés, dans les pays encore socialistes qu’ils prétendent admirer : Cuba est pleine de photos de la Santeria et du Pape, le confucianisme yin-yang est promu en Chine, etc.

Mais ces radicaux occidentaux sont une minorité qui ne peut tout simplement pas accepter que la spiritualité ne soit pas effacée, en grande partie parce qu’ils la considèrent comme un choix ou un conditionnement social au lieu d’une partie de la nature intrinsèque d’innombrables individus, bien que ce ne soit pas le cas pour eux. Un socialiste moderne doit accepter le fait que cette lutte a déjà été menée et décidée. Les capitalistes avancent certainement leurs pions pendant que (tels des chiens), nous pourchassons notre queue…

Même si les détracteurs de gauche peuvent s’accommoder de la religion, ils parleront immédiatement des manquements de l’Iran quant aux droits de l’homme.

Je réponds en baillant lourdement : les Afro-Américains remplissent les prisons américaines ; les musulmans remplissent les prisons de France ; nous sommes au centenaire de la famine perse orchestrée par les Britanniques[3], qui a tué 8 à 10 millions de personnes et a réellement fait de l’Iran la plus grande victime de la Première Guerre mondiale – et ce n’est là qu’une famine / hécatombe / violation des droits de l’homme d’origine occidentale / capitaliste parmi tant d’autres.

Je ne suis pas là pour dire que l’Iran est parfait – seul Dieu peut l’être – mais je dis que l’Iran n’est absolument pas pire que l’Occident. C’est un fait indéniable que la République islamique d’Iran actuelle a beaucoup moins de sang sur les mains que la plupart des autres pays – et l’Iran n’a envahi aucun pays depuis 300 ans !

La religion, les droits de l’homme – ce ne sont que des détournements classiques des faits présentés pour dénigrer les sociétés socialistes, et l’Iran en est certainement une.

L’Iran remplit tous les critères de la nation socialiste et du socialisme révolutionnaire

Quels sont les éléments-clés du socialisme ? Clarifions nos termes.

Le premier élément-clé du socialisme est le leadership d’un parti d’avant-garde résolu à défendre la révolution : l’Iran en a certainement un, et il transcende les lignes de parti classiques entre « Principalistes » et « Réformistes ».

Le deuxième est la planification centrale de l’économie : peu importe qui gagne les élections à cet égard, car il mettra largement en œuvre le 6ème plan quinquennal (2016-2021). Et il y a aussi l’approche « Économie de la résistance » promue par beaucoup, qui est certainement anti-mondialisation.

Le troisième est le contrôle sur les médias : cela est mitigé – je dirais que l’Iran n’a pas vraiment cet élément au sens traditionnellement socialiste. Cuba n’a pas de médias privés, par exemple, alors que l’Iran compte des dizaines de journaux privés et d’innombrables chaines de télévision satellite. Mais l’Iran applique des limitations à cet égard, donc cochons également cette case.

Le quatrième est le soutien aux mouvements de libération étrangers : lorsque l’histoire de la libération de la Palestine apposera enfin son point final, tout comme l’Afrique du Sud maintenant libre remercie Cuba d’avoir envoyé des troupes en Angola, les Palestiniens n’en feront-ils pas de même pour les décennies de soutien de l’Iran ? La même chose que pour le Liban et maintenant la Syrie, n’est-ce pas ?

Le cinquième est de déléguer démocratiquement autant de démocratie que possible afin de donner le maximum de pouvoir au citoyen de base. Il ne fait aucun doute que l’Iran est la démocratie la plus dynamique du Moyen-Orient, et avec une grande marge d’avance. La différence entre les procédures social-démocratiques et les garanties de l’Iran en 2017 par rapport à 1978 est évidemment ridicule. J’écris ceci de Paris, une nation dans un état d’urgence depuis 22 mois sans aucune fin en vue…

Si votre pays a ces cinq éléments cruciaux, Félicitations ! Vous êtes dans un pays socialiste !

Elaborons un peu plus sur chacun de ces éléments pour les sceptiques….

Un parti d’avant garde

L’Iran est un système de parti unique, et ce parti défend la Révolution de 1979. La Chine est un système de parti unique, qui promeut le communisme chinois. Beaucoup diraient que les États-Unis sont un système à parti unique – promouvant le capitalisme impérialiste.

La différence entre l’Iran et la Chine d’une part, et les États-Unis d’autre part, est que dans les premiers, leurs systèmes à parti unique sont formalisés, explicites et connus ; tandis qu’aux États-Unis, c’est informel, mais tout aussi fort, et peut-être même plus fort encore.

Je ne pense pas que cela nécessite beaucoup d’explications, mais par exemple, vous ne pouvez pas proposer de mettre fin à la Révolution iranienne et vous présenter aux élections. En France, lors des dernières élections, un candidat à la Présidence (Jean-Luc Mélenchon) a remporté 20% des votes du premier tour en proposant d’abolir la 5e République actuelle de la France.

Comme tous les pays socialistes, l’Iran est critiqué pour ne pas avoir de démocratie, mais il en a : simplement, elle est ancrée dans sa structure particulière. Tout comme en URSS, il y avait un débat animé sur la façon d’avancer leur propre système (devrions-nous suivre le modèle de droite du socialisme de Boukharine / Khrouchtchev ou le socialisme modèle de gauche de Lénine / Trotsky ?), mais il n’y avait pas de débat sur le fait de s’écarter de leur système national choisi, à savoir le communisme. Quand ils ont permis de tels débats sous Gorbatchev, le socialisme soviétique a été presque immédiatement subverti par des réactionnaires capitalistes et consigné dans l’oubli.

Encore une fois, veuillez examiner la répression du communisme aux États-Unis, en Corée du Sud, en Grèce, en Italie, au Chili, etc., pour des exemples historiques de « systèmes à parti unique » capitalistes, qui ne sont clairement pas avant-gardistes ni ne favorisent le socialisme…

L’idée selon laquelle l’Iran n’a pas de parti d’avant-garde, mais est une sorte de structure totalitaire régie par le Guide suprême Ali Khamenei est uniquement défendue par ceux qui méconnaissent suprêmement l’Iran. Après tout, pour la deuxième élection présidentielle consécutive, Hassan Rouhani a gagné malgré le fait qu’il ne semble guère être le candidat préféré de Khamenei.

Planification centrale de l’économie

Je pense que je peux illustrer l’état de socialisme économique de l’Iran avec cette anecdote : en 2013, tous les 8 candidats à la présidentielle ont poussé à plus de privatisation… non pas pour promouvoir le capitalisme, mais parce que tout avait déjà été nationalisé depuis si longtemps, LOL !

Donc l’Iran a déjà réalisé la nationalisation, et peut-être qu’ils doivent faire plus ? Cependant, les pays socialistes conviennent de plus en plus que certaines entreprises lucratives sont nécessaires pour répondre à certains des besoins fondamentaux de leur population : la Corée du Nord a la zone industrielle de Kaesong, le Port de Mariel cubain offre de l’espace à des entreprises entièrement étrangères, le Vietnam et la Chine ont beaucoup d’entreprises capitalistes dirigées par l’État, etc. La réalité est que même produire des choses aussi simples que du savon nécessite une certaine expertise, et très souvent, seules les sociétés capitalistes ont une telle expertise.

C’est la raison pour laquelle le gouvernement iranien a fait des dépenses colossales en 2016[4], mais ce n’était vraiment pas votre capitalisme typique. (Je ne veux pas paraître créditer seulement l’administration Rouhani parce que la politique économique est produite par l’ensemble du gouvernement dans des plans de développement quinquennaux, comme on l’a déjà noté.)

L’Iran a été fêté comme un roi dans des endroits comme la France et l’Italie parce qu’il était prêts à dépenser des dizaines de milliards d’euros. Mais ce qui m’a plu, c’est la façon dont l’Iran a dépensé : il a exigé des partenariats égaux, des coentreprises et des transferts de technologie.

C’est de cette manière que les investissements étrangers peuvent être mutuellement bénéfiques et non de l’exploitation – cela était également bon pour la France. Je ne suis pas un dogmatique qui est absolument contre toute forme de capitalisme, mais je suis contre tout capitalisme d’exploitation.

Ce que je veux dire, c’est que c’était une vague de dépenses socialiste, et non pas capitaliste. L’Iran n’a pas seulement donné de l’argent : il n’a pas gaspillé de l’argent dans des projets de vanité ; ce n’était pas un milliardaire concluant un accord avec un autre pour leur propre bénéfice particulier ; les investissements en Iran ont été réalisés par une planification centrale à long terme, ce qui est la vision socialiste de la gestion économique.

Ce n’est pas comme le « Parti socialiste » de la France qui a récemment vendu le joyau industriel national Alstom à l’américain General Electric : les Français n’ont rien obtenu de cette vente[5]. C’était du capitalisme ; c’était de la mondialisation.

L’Iran n’est pas favorable à la mondialisation – il n’est même pas membre de l’Organisation mondiale du commerce, contrairement à 164 autres pays. Certains diront que cela est uniquement dû à l’opposition des États-Unis, mais ce n’est pas le cas : comme beaucoup l’ont déclaré lors des élections en Iran, l’adhésion à l’OMC est contraire aux principes de l’Iran… et ce sont des principes socialistes en ce qui concerne l’économie (rien n’est dit à propos de l’OMC dans le Coran).

Contrôle sur les médias

Il est vrai que vous ne pouvez pas trouver Charlie Hebdo en Iran – on ne peut guère le déplorer – mais l’Iran n’est certainement pas Cuba.

Le refus de l’Iran de censurer les chaines de télévision satellites qui permettent à des chaînes réactionnaires et antirévolutionnaires comme BBC persan et VOA persan (financées respectivement par le gouvernement britannique et les Etats-Unis) de diffuser leurs programmes en Iran semble être un brasier dangereux que La Havane ne tolérerait pas. Cette tolérance donne à l’Iran une « crédibilité des droits de l’homme » en Occident – en fait, non, mais ça devrait !

Je dirais que l’Iran est simplement confiant dans le fait que la propagande étrangère ne peut pas couvrir les succès évidents de la Révolution de 1979. J’imagine que Cuba estime qu’ils ne peuvent pas prendre de risques, étant à seulement 100 kilomètres des États-Unis.

Bien sûr, les Cubains se moquent ouvertement des chaînes de propagande de l’Occident comme les pathétiques Radio et TV Marti du gouvernement américain[6]. Les Cubains sont extrêmement intelligents sur le plan politique et, après tout, leurs programmes éducatifs ont des dizaines d’années de plus que ceux des Iraniens.

L’Iran, comme Cuba et la Chine, interdit la pornographie. Je souligne que ce respect de la sexualité et de la femme est un principe vraiment fondamental du socialisme. Si votre utopie inclut un accès sans restriction au porno, je dirais que vous êtes un libertaire, et non un socialiste.

Je rappelle encore que la Glasnost médiatique mise en œuvre par Gorbatchev a été un facteur majeur de l’implosion catastrophique de la Révolution russe. Privatiser les médias implique nécessairement de donner aux quelques personnes suffisamment riches pour lancer des journaux l’opportunité de promouvoir leur vision du monde évidemment capitaliste.

Pour ma part, je ne vais pas pleurer sur le manque de publications capitalistes, impérialistes, sexistes, racistes, régressives et antirévolutionnaires imbéciles, et la plupart des Iraniens non plus. Aussi triste que cela puisse être pour les Néerlandais, l’Iran n’est pas Amsterdam !

Soutien aux mouvements de libération étrangers

Certains diront que la Palestine n’est qu’une « distraction » des problèmes internes de l’Iran. Absurde : c’est un point de fierté pour tous les Iraniens. Et c’est un objet d’admiration de tout le monde musulman pour l’Iran, tout comme c’est un point éminemment négatif pour une grande partie du monde occidental.

C’est là une autre façon pour l’Iran d’être un pays socialiste révolutionnaire : ils soutiennent les pays opprimés sur une base idéologique. Peut-être que l’Iran n’est pas la « Mecque des révolutionnaires[7] » qu’était l’Algérie dans les années 1960, mais reconnaissons que le niveau et l’étendue des mouvements révolutionnaires dans le monde sont à un niveau beaucoup plus bas aujourd’hui, malheureusement.

La Russie peut soutenir la Syrie, par exemple, mais cela semble plus être pour les intérêts de Moscou et l’idée de la souveraineté nationale – qui est l’idée de l’intérêt national – plutôt que du fait d’une idéologie basée sur la morale.

Vous pouvez considérer l’Iran de la même manière que la Russie – il n’y a pas d’insulte à cela – mais vous ne pourrez pas nier que l’Iran soutient la Palestine pour des raisons qui sont clairement au détriment de sa propre réussite, c’est-à-dire qu’ils le font par solidarité et par moralité. Si l’Iran reconnaissait Israël, les chiens internationaux lâchés à leurs trousses seraient immédiatement rappelés… mais l’Iran est une société socialiste révolutionnaire, comme vous en convenez maintenant, du moins je l’espère.

L’Iran est aussi une société antiraciste, comme toutes les sociétés socialistes modernes.

Ils protègent constitutionnellement les minorités, avec des sièges parlementaires[8] pour les Arméniens, les Assyriens, les Chrétiens et les Juifs, malgré leur très faible nombre. L’Iran peut ne pas les promouvoir, mais leur tolérance envers les langues locales comme l’Azeri et le Kurde dépasse largement celle dont peuvent bénéficier de nombreuses minorités en Europe occidentale. L’Iran accueille le 5e plus grand nombre de réfugiés dans le monde[9], tandis que les autorités françaises ont installé des barrières et même des « rochers anti-migrants [10]» pour dénier aux réfugiés même l’abri le plus fruste.

En ce qui concerne la religion, ils sont extrêmement tolérants pour le zoroastrisme iranien ancien et toutes les religions abrahamiques ayant précédé le Prophète Muhammad. Reconnaissent-ils une quelconque religion après le Prophète Muhammad ? Eh bien… c’est une Révolution « islamique », après tout.

C’est peut-être un point pédant, mais il est important sur le plan verbal, foucaldien : y a-t-il eu une « révolution » dans le monde depuis la Première Guerre mondiale qui ne fut pas « socialiste » ? Je ne peux penser à aucun cas, car sans une composante socialiste, il ne peut pas s’agir d’une révolution – il ne peut s’agir que d’une continuation du statu quo capitaliste / féodal / bourgeois, ou d’un coup d’Etat militaire.

Donner le pouvoir au peuple

Les deux principes fondamentaux du socialisme consistent à redistribuer la richesse et à donner  le pouvoir au citoyen de base afin qu’il puisse réaliser son plein potentiel. Le démantèlement des barrages sociaux instaurés par le capitalisme contre les non-riches a clairement été un objectif majeur de la Révolution islamique, et je peux facilement prouver qu’il a été réalisé avec un degré de réussite énorme dans les faits.

Depuis 1990 – lorsque le chien d’attaque irakien de l’Occident a été battu – aucun pays n’a vu son Indice de développement humain (IDH) augmenter plus que celui de l’Iran[11], à l’exception de la Corée du Sud.

Tout le monde devrait en prendre note, en particulier les socialistes, car c’est nous les anticapitalistes qui valorisons le développement humain – et non pas le développement économique – avant tout.

C’est pourquoi je vais laisser l’Indice de développement humain comme la seule preuve de succès. Car j’ai tant d’économétrie, d’anecdotes et de réflexions personnelles pour prouver que l’Iran a réussi à créer une société nouvelle, meilleure et moderne, que les énumérer serait vraiment trop fastidieux.

En somme, il est évident que je n’ai pas à faire d’une buse un épervier. Malgré l’opposition, la violence et la propagande colossales qu’il a dû affronter, l’Iran a progressé plus que n’importe quel autre pays au cours des 3 dernières décennies et plus.

Je dis « plus que n’importe quel autre pays » parce que contrairement à la Corée du Sud, l’Iran l’a fait sans 30 000 soldats américains actuellement sur son sol ; ce progrès n’a pas été précédé de décennies de dictature brutale qui ont massacré des centaines de milliers de personnes[12] (principalement de gauche) ; et ils n’ont pas collaboré avec les Américains à la division de leur nation qui provoque actuellement la plus grande possibilité de guerre thermonucléaire.

L’Iran n’est pas devenu n° 1 comme l’ont fait tant d’autres, par le capitalisme et l’impérialisme.

Les élections récentes en Iran ont affiché un taux de participation de 73%, le classant 12e dans le monde[13]. Contrairement à beaucoup de ces 11 autres pays, l’Iran n’oblige pas les citoyens à voter. Il y a évidemment un soutien considérable pour le système iranien de la part du peuple tout simplement parce que… le peuple iranien n’est pas aveugle au succès, je dirais !

La chose la plus difficile à faire pour le grand public quand on parle du socialisme (ou de l’Iran) est de réfléchir de manière réaliste : personne ne peut atteindre le socialisme « parfait ». Aucun pays n’a un taux de participation de 100%. Aucun pays n’est totalement exempt de violations des droits de l’homme.

Mais pour l’Iran, une autre couche de fausses conceptions est surajoutée : beaucoup des « restrictions » dans la société iranienne précèdent 1979 de plusieurs siècles. Les femmes portaient largement le hijab avant cette date. Les personnes non mariées, en particulier les jeunes femmes, vivaient aussi à la maison avant 1979. L’alcool pouvait vous envoyer en prison jadis comme aujourd’hui.

Ce que je veux dire, c’est que l’Iran est une nation culturellement conservatrice, et c’était le cas bien avant 1979. Vous devrez simplement me croire sur le fait que les Iraniens n’ont pas besoin d’un gouvernement pour leur donner envie de vivre dans une société qui semble conservatrice selon les normes occidentales modernes.

Encore une fois, l’Iran n’est pas Amsterdam, LOL ! Peut-être que vous pouvez parler de la cour royale de Shiraz au XIVe siècle comme d’un foyer de folie poétique ivre, mais même cela ne reflétait aucunement le quotidien des habitants de base.

Seul un Iranien acceptera rapidement cette déclaration et passera à autre chose : Retirez la Révolution de 1979 et vous aurez toujours beaucoup des mêmes règles en place – elles seraient simplement appliquées de manière informelle.

Je vais enfin le dire de cette façon : ôtez les mollahs et vous aurez quand même affaire à ma grand-mère !

Mais croire que le gouvernement n’a pas redonné le pouvoir au peuple depuis 1979… eh bien, à l’époque, la femme moyenne avait 7 enfants[14], était analphabète à 70% du temps[15], et l’ONU n’appelait pas son système de soins et de santé « excellent »[16].

Aujourd’hui, le taux de natalité est de 1,7 enfant par femme, le taux global d’alphabétisation est de 93% et le groupe de réflexion de droite de Washington Brookings Institution publie des articles absurdes avec des titres comme « Les femmes iraniennes sont-elles trop éduquées ?[17] ».

Tout cela en à peine 30-40 ans… et vous pensiez que c’était le capitalisme qui l’avait accompli ?

Les socialistes qui ignorent l’Iran ne sont pas de vrais socialistes

Voulez-vous toujours croire que l’Iran est un pays uniquement motivé par le radicalisme religieux et non par les idéaux du socialisme ? Eh bien, je vous place à droite et à gauche, et c’est là que veut en venir cet article.

Il est déjà assez triste que la droite (capitalistes, impérialistes) coopte non seulement les idées socialistes comme si elles étaient les siennes propres (sécurité sociale, assurance maladie, programmes d’action positive, prestations sociales, scolarité gratuite, crèches gratuites, etc.), mais ça devient vraiment risible lorsque la gauche refuse de voir le gauchisme en Iran parce qu’il ne correspond pas à ses notions préconçues et totalement inflexibles.

Tout véritable socialiste / communiste devrait se rendre compte qu’attaquer l’Iran revient à faire le travail des capitalistes pour eux. Et comment quelqu’un qui se proclame de « gauche » pourrait-il avoir exactement la même interprétation de l’Iran qu’un capitaliste de droite ?

Encore une fois, il est tout simplement ridicule de croire ou prétendre que l’Iran n’est « pas » ce qu’il est réellement, à savoir un pays socialiste.

Mais c’est ce qui se passe toujours : le communisme chinois « n’est pas vraiment le communisme »… en dépit de la domination d’un parti unique, d’une économie dirigiste, du contrôle des médias, du soutien au Vietnam et à la Corée du Nord, et de la deuxième meilleure croissance de l’IDH de 1970 à 2010[18].

Le communisme nord-coréen n’est qu’un « culte de la personnalité »… malgré le fait qu’il ait expulsé les [occupants] Japonais, qu’il résiste aux Américains, maintienne l’indépendance nationale, garantisse la sécurité des citoyens et leur apporte un haut niveau d’éducation. Cuba n’est que la dictature des Castro et, encore une fois, n’est pas du communisme.

Tout cela n’est que de la propagande anti-socialiste – pour le capitalisme, il ne peut jamais y avoir LA MOINDRE « réussite socialiste ».

Vous restez persuadé que vous ne voulez pas appliquer tous les principes de la Révolution islamique iranienne dans votre pays ?

Très bien. Après tout, c’est votre pays et c’est à vous de décider ce que vous souhaitez y voir. Comme je l’ai écrit, pas d’inquiétude à avoir – l’Iran n’a envahi personne depuis 300 ans, et il semble certain que notre armée soit nécessairement axée sur la défense.

Mais ce n’est parce que vous êtes en désaccord avec certains aspects de la Révolution de 1979 que vous devez jeter le bébé avec l’eau du bain. Je vous rappelle que je n’ai eu besoin que d’un seul fait [l’IDH] pour prouver que l’Iran s’est amélioré à un rythme qui est de fait le meilleur au monde au cours des 3 dernières décennies – de combien de rangs l’Iran dépasse-t-il votre pays, hmm ?

J’écris cet article car pratiquement aucun média anglophone [ou francophone] n’explorera jamais les liens entre l’Iran et le socialisme. Nous autres hommes de gauche savons que ce ne sont pas seulement des préjugés anti-iraniens, mais un biais anti-socialiste beaucoup plus large.

Cependant, il est vraiment suicidaire d’ignorer les succès de gauche en Iran parce que même si vous en rejetez certains, l’Iran a clairement trouvé de NOMBREUSES solutions modernes à nos NOMBREUX problèmes modernes : certaines d’entre elles peuvent certainement vous être utiles, n’est-ce pas ? L’Iran serait-il ENTIEREMENT mauvais?

Bien sûr que non. Seul Satan peut être entièrement mauvais.

Par conséquent, je conseille à ceux qui luttent contre le capitalisme et l’impérialisme (et je les adjure) d’accorder à l’Iran un peu plus de respect et d’intérêt qu’ils n’en accorderaient à Satan !

Et je conclus par un bouquet final

Je ne peux que rire de ceux qui disent que la Révolution en Iran a échoué !

« Oh vraiment ? » Quelle marionnette a été installée ? Quel roi a été restauré sur son trône ? Quel est le nom de la révolution démocratique populaire qui a remplacé celle du peuple qui a triomphé en 1979 ? Je n’en ai pas entendu parler, et je vois encore beaucoup de visages familiers de 1979 !

La révolution a été un succès, et je ne suis certes pas navré de le dire.

Ce n’est pas que je me préoccupe de votre opinion – c’est pour VOTRE bien : vous ne réaliserez pas le socialisme, l’anti-capitalisme ou l’anti-impérialisme dans votre pays si vous n’êtes pas capables d’apprendre des succès des autres.

Mais malheureusement, votre incapacité à reconnaître le socialisme en Iran nous met tous en péril, car les peuples du monde entier ne peuvent pas gagner à long terme si même des hommes de gauche de natures similaires ne peuvent pas s’unir pour œuvrer contre le fascisme, le capitalisme et le racisme.

Mais l’Iran, Cuba, la Chine, etc. – nous pouvons réaliser beaucoup d’avancées pour nous-mêmes, au moins.

Nous allons vraiment bien, gardons le cap, hein ? Tout cela grâce à la planification centrale, tandis que les capitalistes naviguent en eaux troubles, d’une crise à l’autre, les 1% absorbant un pourcentage plus élevé des richesses à chaque fois. Notre élection a eu d’énormes taux de participation, comme d’habitude, éclipsant  les cultures européennes qui veulent probablement prétendre qu’elles ont inventé le vote, avec tout le reste. L’Asie connaissait tout cela bien avant…

Pour les lecteurs non-occidentaux : je sais que la grande majorité de vous soutient déjà l’Iran. J’ai trop parlé avec vous au cours de ma vie pour pouvoir me tromper à cet égard. Je sais aussi que pour nous autres, « esclaves de terrain », nous devons parfois donner l’impression contraire pour survivre, ou tout au moins pour éviter les ennuis.

Quoi qu’il en soit, de nombreux Occidentaux semblent complètement mésinterpréter le socialisme : ils ne se rendent pas compte qu’il s’agit intrinsèquement d’une idée globale ; ils pensent que la variété (européenne) franco-allemande-russe est la seule. Cet excès d’eurocentrisme les aveugle à la réalité et les limite nécessairement…

Mais en parcourant l’Occident du regard, je ne vois qu’échec de la gauche après échec de la gauche : la chute du communisme en Russie, la dissolution de la Yougoslavie, l’absorption évidente des partis « de gauche » dans les partis de droite dominants, la montée de l’austérité, l’avancée de la mondialisation au détriment des intérêts nationaux…

Donc la prochaine fois que vous considérez l’Iran, vous devriez l’applaudir comme un rare succès socialiste. Les Iraniens continueront certainement à vivre leur voie de création du socialisme moderne, Inch Allah.

Ramin Mazaheri est le correspondant principal de Press TV à Paris et vit en France depuis 2009. Il a été journaliste quotidien aux Etats-Unis et a exercé en Egypte, en Tunisie, en Corée du Sud et ailleurs. Ses articles ont été publiés dans divers journaux, revues et sites Web, et il apparaît à la radio et à la télévision.

Endnotes:
  1. https://thesaker.is/iran-socialisms-ignored-success-story/: https://thesaker.is/iran-socialisms-ignored-success-story/
  2. http://sayed7asan.blogspot.fr/: http://sayed7asan.blogspot.fr/
  3. famine perse orchestrée par les Britanniques: https://en.wikipedia.org/wiki/Persian_famine_of_1917%E2%80%931918
  4. a fait des dépenses colossales en 2016: https://www.nytimes.com/2016/01/29/world/europe/iran-hassan-rouhani-france.html
  5. les Français n’ont rien obtenu de cette vente: http://www.counterpunch.org/2016/12/02/behind-ges-takeover-of-alstom-energy/
  6. comme les pathétiques Radio et TV Marti du gouvernement américain: http://www.presstv.ir/Detail/2017/01/12/505964/US-propaganda-TV-Marti-offense-Cubans
  7. Mecque des révolutionnaires: https://www.youtube.com/watch?v=REa4hPNQBK4
  8. protègent constitutionnellement les minorités, avec des sièges parlementaires: https://en.wikipedia.org/wiki/Iranian_Parliament_religious_minority_reserved_seats
  9. le 5e plus grand nombre de réfugiés dans le monde: http://www.aljazeera.com/news/2016/10/ten-countries-host-world-refugees-report-161004042014076.html
  10. rochers anti-migrants : https://www.thelocal.fr/20170215/anti-migrant-boulders-rocks-installed-outside-humanitarian-centre-in-paris
  11. augmenter plus que celui de l’Iran: http://www.ir.undp.org/content/iran/en/home/countryinfo.html
  12. dictature brutale qui ont massacré des centaines de milliers de personnes: https://www.lrb.co.uk/v39/n10/bruce-cumings/a-murderous-history-of-korea?utm
  13. 12e dans le monde: http://www.pewresearch.org/fact-tank/2017/05/15/u-s-voter-turnout-trails-most-developed-countries/
  14. la femme moyenne avait 7 enfants: http://siteresources.worldbank.org/INTPRH/Resources/376374-1278599377733/Iran62910PRINT.pdf
  15. analphabète à 70% du temps: https://www.indexmundi.com/facts/iran/literacy-rate
  16. son système de soins et de santé « excellent »: https://www.unicef.org/iran/media_4427.html
  17. Les femmes iraniennes sont-elles trop éduquées ?: https://www.brookings.edu/opinions/are-iranian-women-overeducated/
  18. la deuxième meilleure croissance de l’IDH de 1970 à 2010: http://en.people.cn/90001/90777/90856/7189101.html

Source URL: https://neptunya.fr/par-ramin-mazaheri-liran-une-reussite-meconnue-du-socialisme-sur-le-site-sayed7asan/


Sayed Hasan- Interview complète de Poutine sur Macron, Trump, l’Ukraine, la Syrie et la Russie (Le Figaro)

by Neptunya | 18 juin 2017 18 h 04 min

Interview complète de Poutine sur Macron, Trump, l’Ukraine, la Syrie et la Russie (Le Figaro)[1]

Source : http://en.kremlin.ru/events/president/news/54638[2]

Traduction : http://sayed7asan.blogspot.fr[3]

L’interview a été enregistrée le 29 mai à Paris lors de la visite du Président russe en France.

Vidéo ST : https://www.youtube.com/watch?v=TsTdoviZ5GY[4]

Transcription :

Journaliste (question retraduite): Monsieur le Président, bien le bonjour. Merci beaucoup d’avoir accepté de répondre aux questions du Figaro. Je voudrais également vous remercier de nous rencontrer ici, dans une salle de classe du Centre culturel russe. Encore une fois, merci de nous avoir accordé cette interview.

Vous êtes venu en France pour ouvrir une exposition qui marque 300 ans depuis la création de relations diplomatiques entre la Russie et la France. Il y a eu des hauts et des bas dans les relations entre les deux pays. Quelle est votre perspective sur l’état actuel de ces relations ?

Vladimir Poutine : Il est vrai que le Président Macron m’a invité à participer à l’ouverture de l’exposition. Cependant, permettez-moi de vous dire tout de suite que les relations entre la Russie et la France ont une histoire bien plus ancienne et des racines beaucoup plus profondes, comme le Président français et moi-même l’avons mentionné à plusieurs reprises aujourd’hui. De fait, la plus jeune fille de Yaroslav le Sage et une des grandes princesses russes, Anna, est venue au 11ème siècle pour épouser le roi de France Henri Ier.

Elle s’appelait en fait Anna de Rus, Reine de France. Son fils Philippe Ier de France a été le fondateur de deux maisons royales européennes, les Valois et les Bourbons, et ce dernier règne en Espagne jusqu’à ce jour.

Cela veut dire que les racines de nos relations sont beaucoup plus profondes, même si, au cours des 300 dernières années, elles ont accéléré. C’est vrai. J’espère vraiment que l’événement d’aujourd’hui, l’exposition et mes entretiens avec le Président Macron donneront un nouvel élan à ces relations.

Journaliste : Monsieur le Président, quelle est votre vision de Pierre le Grand, qui est venu à Versailles en 1717 pour établir des relations diplomatiques ?

Vladimir Poutine : Comme je l’ai dit aujourd’hui à mon collègue français et à nos amis français, Pierre le Grand était avant tout un réformateur, un homme qui non seulement a mis en œuvre les meilleures pratiques et les plus modernes, mais qui était aussi sans aucun doute un patriote, qui a lutté pour assurer à la Russie la place qu’elle mérite dans les affaires internationales.

Mais surtout, il était déterminé à réformer son pays, le rendant moderne, résilient et tourné vers l’avenir. Il a réussi dans beaucoup de ses entreprises, sinon dans toutes. Il s’est concentré sur la recherche, l’éducation, la culture, les affaires militaires et l’Etat, laissant un héritage immense sur lequel la Russie a compté jusqu’à aujourd’hui, sans parler du fait qu’il a fondé ma ville natale, Saint-Pétersbourg, qui était la capitale de la Russie durant de nombreuses années.

Journaliste : Vous avez récemment rencontré M. Macron. Aviez-vous des attentes pour cette première réunion ? Vous avez dit qu’il était important de surmonter le stade de la méfiance. Est-ce fini maintenant ?

En ce qui concerne le problème principal, les sanctions, pouvez-vous dire que vous avez atteint un quelconque type d’accord ?

Vladimir Poutine : Lors de toute réunion, dans tous les contacts, à tout événement de ce niveau, surtout s’il s’agit du premier contact, il y a toujours des attentes. S’il n’y a pas d’attentes, il est inutile de tenir des réunions de ce genre. J’avais certainement des attentes cette fois-ci.

Je voulais voir de plus près, apprendre de première main quelle était la position du nouveau Président de la République française sur les questions clés de l’agenda international et sur le développement des relations bilatérales.

À mesure que le nouveau Président élu prend ses fonctions, il a certainement sa propre vision des choses, des relations bilatérales, de la politique internationale. Dans l’ensemble, je dirais que c’est une vision très pragmatique. Nous avons certainement des points de rapprochement, pour un travail en commun dans des domaines clés.

Journaliste : La mise en œuvre des Accords de Minsk en l’Ukraine semble avoir atteint une impasse. Avez-vous réussi à progresser avec le Président Macron en vue de la résolution de ce conflit ?

Vladimir Poutine : Des progrès dans la résolution de tout conflit, y compris le conflit dans le sud-est de l’Ukraine, peuvent être atteints avant tout par les parties en conflit. Ce conflit est interne – un conflit ukrainien principalement. Il s’est produit après une saisie inconstitutionnelle de pouvoir par la force à Kiev en 2014.

C’est la source de tous les problèmes. La chose la plus importante à faire est de trouver la force de négocier avec toutes les parties en conflit, et surtout, je suis convaincu que, comme on dit, la balle est dans le camp des autorités officielles de Kiev. Tout d’abord, ils doivent s’occuper de mettre en œuvre les accords de Minsk.

Journaliste : Qu’est-ce qui pourrait contribuer à réaliser des progrès dans ce domaine ? La Russie peut-elle proposer une initiative qui apportera la paix ?

Vladimir Poutine : C’est ce dont nous ne cessons de parler. Nous considérons que la principale condition est de retirer les forces armées de la ligne de contact. C’est la première chose à faire. Le retrait a été achevé dans deux zones, mais cet objectif n’a pas été atteint dans la troisième zone.

Les autorités ukrainiennes disent que cela ne peut pas être fait en raison des échanges de tirs là-bas. Mais les tirs ne s’arrêteront pas à moins que les troupes et les armes lourdes ne se retirent. Les armes lourdes doivent être retirées. C’est une priorité clé.

Le deuxième objectif dans le domaine politique est de mettre en pratique, enfin, la loi sur le statut spécial de ces régions, que le parlement ukrainien a adoptée. La loi a été adoptée mais n’est pas entrée en vigueur.

La loi sur l’amnistie a été adoptée, mais le président Porochenko ne l’a pas signée. Les accords de Minsk stipulent la réhabilitation sociale et économique dans les républiques autoproclamées. Au lieu de faire cela, Kiev a soumis ces territoires à un blocus. Le blocus a été initié par les radicaux qui ont bloqué les lignes de chemin de fer.

Au début, le Président ukrainien a dénoncé ses actions et a déclaré qu’il rétablirait l’ordre. Cependant, il a échoué. Au lieu de poursuivre ses efforts, il a officiellement rejoint le blocus et a émis un ordre exécutif à cet effet. Peut-on parler de changements pour le mieux dans cette situation ? Malheureusement, nous n’en avons pas encore vu un seul jusqu’à présent.

Journaliste : Oublions l’Europe de l’Est une minute et parlons du Moyen-Orient, principalement de la Syrie. Après l’intervention militaire de la Russie en septembre 2015, quelles sont d’après vous les principales solutions pour que la Syrie puisse sortir de cette guerre à long terme ?

Vladimir Poutine : Tout d’abord, j’aimerais souligner l’approche constructive de la Turquie et de l’Iran, et bien sûr, du gouvernement syrien qui, avec la Russie, ont réussi à obtenir un cessez-le-feu. Le cessez-le-feu n’aurait pas été possible sans la soi-disant opposition armée syrienne. C’était la première et très importante étape vers la paix.

Une autre étape, qui n’est pas moins importante, est l’accord sur l’établissement des zones dites de désescalade. Actuellement, il existe quatre zones de ce genre. Nous croyons que c’est une étape extrêmement importante sur le chemin de la paix, si je peux le formuler de cette façon, car il est impossible de parler d’un règlement politique sans mettre fin à l’épanchement de sang.

Maintenant, à mon avis, nous sommes tous confrontés à une tâche différente, qui est techniquement et je dirais même technologiquement de finaliser la création de ces zones de désescalade, de se mettre d’accord sur leurs limites et la façon dont les organes gouvernementaux fonctionneront là-bas, ainsi que sur la façon dont ces zones de désescalade communiqueront avec le monde extérieur.

De fait, le Président Macron l’a mentionné lorsqu’il a parlé de convois d’aide humanitaire. En général, je crois que le Président français a raison et c’est l’un des points de contact où nous pouvons coopérer avec nos collègues français. Une fois que les zones de désescalade seront formalisées, j’espère qu’au moins certains éléments de coopération commenceront entre le gouvernement et les gens qui contrôleront les zones de désescalade.

J’espère vraiment (et ce que vais dire est très important) que ces zones ne deviendront pas un prototype pour la future division territoriale de la Syrie. Au contraire, je m’attends à ce que ces zones de désescalade, si la paix est établie, et les personnes qui les contrôlent, coopéreront avec les autorités syriennes officielles.

C’est ainsi qu’un environnement d’interaction et de coopération de base peut et doit être construit. La prochaine étape est une réconciliation purement politique et, si possible, l’élaboration de régulations constitutionnelles, d’une Constitution et la tenue d’élections.

Journaliste : En effet, la Russie et les autres parties diffèrent sur la question syrienne concernant principalement le sort de Bachar al-Assad, que les pays occidentaux ont accusé d’utiliser des armes chimiques contre son propre peuple.

Monsieur le Président, pouvez-vous envisager le futur politique de la Syrie sans Bachar al-Assad ?

Vladimir Poutine : Je ne pense pas avoir le droit de déterminer l’avenir politique de la Syrie, que ce soit avec ou sans al-Assad. C’est aux Syriens eux-mêmes d’en décider. Personne n’a le droit de s’arroger les droits qui appartiennent au peuple d’un autre pays. C’est la première chose que je veux dire.

Avez-vous une question complémentaire ?

Journaliste : Oui. Vous dites que ce n’est pas à vous d’en décider. Cependant, cela ne signifie pas que l’avenir de la Syrie est possible sans al-Assad, n’est-ce pas?

Vladimir Poutine : Comme je l’ai dit, il appartient au peuple syrien d’en décider. Vous avez mentionné des allégations concernant l’utilisation d’armes chimiques par le gouvernement syrien. Lorsque l’attaque s’est produite, nous avons appelé nos partenaires américains – et tous ceux qui considèrent que cela est opportun – d’envoyer des inspecteurs dans l’aérodrome à partir duquel les avions qui ont prétendument largué des bombes chimiques auraient décollé.

Si des armes chimiques ont été utilisées par les agences officielles du Président al-Assad, des équipements de vérification modernes en trouveraient certainement des traces dans l’aérodrome. C’est certain. Ces traces se trouveraient dans l’avion et dans l’aérodrome. Cependant, tout le monde a refusé de procéder à une telle inspection.

Nous avons également proposé d’envoyer des inspecteurs sur le site de l’attaque chimique présumée. Mais ils ont également refusé, affirmant que c’était dangereux. Pourquoi est-ce dangereux si l’attaque a été lancée dans une zone où vivent des civils pacifiques et où la partie saine de l’opposition armée est déployée ?

À mon avis, les accusations ont été faites dans le seul but de justifier l’utilisation de mesures supplémentaires, y compris militaires, contre al-Assad. C’est tout. Il n’y a aucune preuve que’al-Assad ait utilisé des armes chimiques. Nous croyons fermement que c’est une provocation. Le Président al-Assad n’a pas utilisé d’armes chimiques.

Journaliste : Vous souvenez-vous de ce que le Président Macron a dit au sujet des lignes rouges concernant les armes chimiques ? Êtes-vous d’accord avec lui ?

Vladimir Poutine : Oui.

De plus, j’estime que cette question devrait être abordée à plus grande échelle. Le Président Macron partage ce point de vue. Peu importe qui utilise des armes chimiques contre des personnes et des organisations, la communauté internationale doit formuler une politique commune et trouver une solution qui rendrait impossible l’utilisation de ces armes pour quiconque.

Journaliste : Après que Donald Trump ait été élu Président des États-Unis, beaucoup de gens ont parlé d’une ère nouvelle dans les relations russes-américaines. Cependant, ces relations ne semblent pas avoir pris un nouveau départ. Les dirigeants de l’OTAN ont parlé de la menace russe lors de leur sommet la semaine dernière.

Êtes-vous déçu par l’attitude américaine ?

Vladimir Poutine : Non, je ne le suis pas. Nous n’avions aucune attente particulière. Le Président américain mène une politique américaine traditionnelle. Bien sûr, nous nous rappelons que lors de sa campagne électorale, et aussi après avoir été élu et pris ses fonctions, le Président Trump a parlé de son intention de normaliser les relations avec la Russie et a déclaré qu’elles ne pouvaient pas être pires. Nous nous en souvenons.

Cependant, nous voyons également et réalisons que la situation politique aux États-Unis est influencée par ceux qui ont perdu les élections mais refusent d’accepter leur défaite, et qui continuent d’utiliser la carte anti-Russie et diverses allégations plus activement dans les luttes politiques. C’est pourquoi nous ne sommes pas pressés, nous sommes prêts à attendre, mais nous espérons vivement que les relations entre la Russie et les États-Unis deviendront normales à nouveau dans le futur.

En ce qui concerne l’augmentation…

Journaliste : Dans un monde parfait, qu’attendriez-vous des États-Unis pour améliorer les relations avec la Russie ?

Vladimir Poutine : Il n’y a pas de monde parfait, et il n’y a pas d’humeur au subjonctif en politique.

J’aimerais répondre à la deuxième partie de votre question. Au sujet des plans visant à augmenter les dépenses militaires de 2% ou plus, c’est un fait que le budget de la défense des États-Unis est supérieur aux budgets de défense de tous les autres pays réunis. C’est pourquoi je comprends le Président américain lorsqu’il dit que ses alliés de l’OTAN devraient prendre en charge une partie de ce fardeau. C’est une approche pragmatique et compréhensible.

Cependant, ce qui a attiré mon attention, c’est que les dirigeants de l’OTAN ont parlé lors de leur sommet de la volonté d’améliorer les relations avec la Russie. Alors pourquoi augmentent-ils leurs dépenses militaires ? Contre qui ont-ils l’intention de combattre ? Je vois là une contradiction interne, bien que ce ne soit pas nos affaires.

Laissez l’OTAN décider qui va payer et combien. Nous devons nous occuper de notre propre défense, et nous travaillons à l’assurer de manière fiable et en vue de l’avenir. Nous sommes confiants.

Journaliste : Cependant, en ce qui concerne l’OTAN, certains de vos voisins veulent assurer leur sécurité par l’intermédiaire de l’OTAN. Est-ce un signe de méfiance envers vous, quelque chose qui cause une attitude scandaleuse ?

Vladimir Poutine : Pour nous, c’est un signe que nos partenaires en Europe et aux États-Unis, pardonnez-moi, poursuivent une politique à court terme. Ils n’ont pas l’habitude de regarder un pas en avant. Nos partenaires occidentaux ont perdu cette habitude.

Lorsque l’Union soviétique a cessé d’exister, les politiciens occidentaux nous ont dit (pas sur papier, mais cela a été déclaré clairement) que l’OTAN ne s’étendrait pas vers l’Est. Certains politiciens allemands à l’époque ont même proposé de créer un nouveau système de sécurité en Europe qui impliquerait les États-Unis et, de fait, la Russie.

Si cela avait été fait, nous n’aurions pas les problèmes que nous avons eu ces dernières années, à savoir l’expansion de l’OTAN vers l’Est jusqu’à nos frontières, l’avancée de l’infrastructure militaire à nos frontières. Peut-être que les États-Unis ne se seraient pas retirés unilatéralement du Traité anti-missiles balistiques (ABM).

Ce traité était une pierre angulaire de la sécurité actuelle et future. Les installations de défense antimissiles en Europe – en Pologne et en Roumanie – n’auraient pas été construites, ce qui, sans aucun doute, crée une menace pour nos forces nucléaires stratégiques et perturbe l’équilibre stratégique – un développement extrêmement dangereux pour la sécurité internationale. Peut-être que tout cela n’aurait pas eu lieu. Mais cela s’est produit, et nous ne pouvons pas rembobiner l’histoire, ce n’est pas un film.

Nous devons partir de la situation actuelle. À cet égard, nous devons réfléchir à ce que nous voulons pour l’avenir. Je pense que nous voulons tous la sécurité, la paix, la sûreté et la coopération. Par conséquent, nous ne devrions pas accumuler des tensions ou inventer des menaces fictives de la Russie, des guerres hybrides, etc.

Vous avez inventé ces choses vous-même et maintenant, vous vous faites peur avec elles et vous les utilisez même pour planifier vos politiques futures. Ces politiques n’ont pas de perspective d’avenir. Le seul avenir possible est dans la coopération dans tous les domaines, y compris les problèmes de sécurité.

Quel est le principal problème de sécurité aujourd’hui ? Le terrorisme. Il y a des attentats en Europe, à Paris, en Russie, en Belgique. Il y a une guerre au Moyen-Orient. C’est la principale préoccupation. Mais non, continuons plutôt à spéculer sur la menace russe.

Journaliste : Vous dites que plus de choses pourraient être faites en ce qui concerne le terrorisme et l’islamisme. Mais qu’est-ce qui doit être fait exactement et que peut faire la Russie ? Et pourquoi est-il si difficile de travailler avec l’Europe pour atteindre ces objectifs ?

Vladimir Poutine : Demandez à l’Europe. Nous sommes prêts à coopérer, comme je l’ai dit il y a quelque temps au 70e anniversaire des Nations Unies, lorsque j’ai appelé tous les pays à unir leurs efforts pour lutter contre le terrorisme. Cependant, il s’agit d’une question très complexe.

Vous voyez, après l’attaque terroriste à Paris, un événement sanglant et horrible, le Président Hollande est venu en Russie et nous nous sommes mis d’accord sur des actions de coopération. Le porte-avions Charles de Gaulle s’est approché de la côte syrienne. Puis, François est allé à Washington, tandis que Charles de Gaulle partit pour le canal de Suez [au lieu de la Syrie].

Donc la véritable coopération avec la France s’est terminée avant même qu’elle ne commence. La France est impliquée dans les opérations là-bas, mais elle agit au sein de la coalition dirigée par les États-Unis. Allez comprendre qui donne les ordres, qui ne les donne pas, qui a son mot à dire, et quel est l’agenda. La Russie est ouverte à la coopération.

Il était également très difficile de s’entendre sur ces questions avec les États-Unis. De fait, nous avons assisté à quelques changements dernièrement; et il y a des résultats réels. J’ai parlé au Président Trump par téléphone, et il a soutenu l’idée, en général, de créer des zones de désescalade.

Nous envisageons maintenant comment les intérêts de tous les pays du sud de la Syrie peuvent être servis au mieux, compte tenu des préoccupations de tous les pays confrontés à des problèmes dans cette région. Je parle de la Jordanie, d’Israël et de la Syrie elle-même. Bien sûr, la Russie est prête à tenir compte de ce que les États-Unis et nos partenaires européens ont à dire. Cependant, ce dont nous avons besoin, c’est que le dialogue soit spécifique et concis, au lieu de discussions vides sur les réclamations et les menaces mutuelles. Il faut un effort réel.

Journaliste : Vous dites que c’est eux qui doivent décider et agir, n’est-ce pas ?

Vladimir Poutine : C’est exactement ça.

Journaliste : Vous avez mentionné les États-Unis. Les allégations d’ingérence de la Russie dans l’élection présidentielle aux États-Unis ont soulevé une tempête politique à Washington. Des allégations similaires ont également été exprimées en France. Quelle est votre réponse, surtout dans le contexte des développements récents aux États-Unis ?

Vladimir Poutine : J’ai déjà commenté cette question plusieurs fois. Il y a eu une question d’un de vos collègues à ce sujet aujourd’hui. Il l’a dit avec beaucoup de précaution à la conférence de presse, disant que « il y a des allégations selon lesquelles des pirates russes… » Qui est l’auteur de ces allégations ? Sur quoi se basent-elles ? Si ce ne sont que des allégations, alors ces pirates pourraient être de n’importe où ailleurs et pas nécessairement de Russie.

Comme l’a dit le Président Trump, et je pense qu’il avait tout à fait raison lorsqu’il a dit cela, ça aurait pu être quelqu’un qui était assis sur son lit (un particulier) ou peut-être que quelqu’un a intentionnellement inséré une clé USB avec le nom d’un ressortissant russe ou quelque chose comme ça. Tout est possible dans ce monde virtuel. La Russie ne s’engage jamais dans des activités de ce genre, et nous n’en avons pas besoin. Cela n’aurait pour nous aucun sens de faire de telles choses. A quoi bon ?

J’ai déjà parlé à trois Présidents américains. Ils vont et viennent, mais la politique reste la même en tout temps. Vous savez pourquoi ? A cause de la puissante bureaucratie. Lorsqu’une personne est élue, elle peut avoir certaines idées. Ensuite, des gens avec des mallettes arrivent, bien habillés, portant des costumes foncés, tout comme le mien, à l’exception de la cravate rouge, puisqu’ils portent des cravates noires ou bleu foncé. Ces personnes commencent à expliquer comment les choses se font. Et instantanément, tout change. C’est ce qui se passe avec chaque administration.

Changer les choses n’est pas facile, et je le dis sans ironie. Ce n’est pas que la personne ne veut pas le faire, mais parce qu’il est très difficile de le faire. Prenez Obama, un homme qui voit loin, un libéral, un démocrate. N’avait-il pas promis, avant son élection, de fermer Guantanamo ? Mais l’a-t-il fait? Non, il ne l’a pas fait. Et puis-je demander pourquoi ? Ne voulait-il pas le faire ? Il le voulait, j’en suis sûr, mais cela n’a pas fonctionné. Il a sincèrement voulu le faire, mais n’a pas réussi, car cela s’est révélé très compliqué.

Ce n’est pas le problème principal, cependant, même s’il est important, car il est difficile de comprendre que des gens ont marché [à Guantanamo] dans des chaînes depuis des décennies sans procès ni enquête. Pouvez-vous imaginer la France ou la Russie agir de cette façon ? Ce serait une catastrophe. Mais c’est possible aux États-Unis et ça continue à ce jour. Il s’agit de la question de la démocratie, soit dit en passant.

Je me suis référé à cet exemple seulement pour montrer que ce n’est pas aussi simple qu’il le parait. Cela dit, je suis prudemment optimiste et je pense que nous pouvons et devrions être à même de parvenir à des accords sur des questions clés.

Journaliste : Vous dites qu’à l’heure actuelle, la tempête politique à Washington repose sur des allégations absolument infondées.

Vladimir Poutine : Ce n’est pas fondé sur des allégations, mais sur le désir de ceux qui ont perdu les élections aux États-Unis d’au moins améliorer leur position par des attaques anti-russes, en accusant la Russie d’ingérence. Les personnes qui ont perdu les élections ne veulent pas admettre qu’elles ont vraiment perdu, que celui qui a gagné était plus proche du peuple et a mieux compris ce que les électeurs ordinaires veulent.

Ils sont absolument réticents à admettre cela, et préfèrent se raconter des histoires à eux-mêmes et aux autres en pensant que ce n’était pas leur faute, que leur politique était correcte, qu’ils ont fait tout ce qu’il fallait, mais que quelqu’un de l’extérieur les a contrecarrés. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Ils ont juste perdu et ils doivent l’admettre.

Quand ils le feront, je pense qu’il nous sera plus facile de travailler. Cependant, le fait que cela soit fait en utilisant des outils anti-russes n’est pas bon, car ça entraîne de la discorde dans les affaires internationales. Laissez-les débattre entre eux, pour qu’ils puissent prouver qui est le plus fort, qui est le meilleur, qui est le plus intelligent, qui est le plus fiable et qui définit une meilleure politique pour le pays. Mais pourquoi impliquer des pays tiers ? C’est vraiment triste et pénible. Mais ça passera, tout passe, et ça passera aussi.

Journaliste : Monsieur le Président, nous arrivons à la fin de notre entretien. Surtout, je voudrais vous poser une question sur 2018. C’est l’année des élections en Russie : les élections présidentielles et les élections à l’Assemblée fédérale.

Pourriez-vous nous dire si vous avez l’intention de vous présenter, ou peut-être que l’opposition serait en mesure de nominer quelqu’un dans une procédure démocratique ? Comment voyez-vous le développement de cette situation ? Vous voulez bien que la campagne de l’année prochaine se déroule dans un environnement vraiment démocratique, n’est-ce pas ? Je parle de 2018.

Vladimir Poutine : Toutes les récentes campagnes électorales en Russie ont été strictement conformes à la Constitution russe, en pleine conformité. Et je ferai tout mon possible pour que les campagnes électorales de 2018 se déroulent de la même manière, je le répète, en pleine conformité à la loi et à la Constitution.

Ainsi, quiconque a le droit de se présenter, toute personne qui remplit les procédures adéquates prescrites par la loi, peut et participera, s’il le souhaite, aux élections à tous les niveaux – aux assemblées législatives, au parlement et aux élections présidentielles.

Quant aux candidats, il est encore trop tôt pour en parler.

Journaliste : Merci. J’espère que nous vous reverrons bientôt. Merci beaucoup d’avoir partagé vos points de vue avec Le Figaro.

Vladimir Poutine : Merci à vous.

Endnotes:
  1. Interview complète de Poutine sur Macron, Trump, l’Ukraine, la Syrie et la Russie (Le Figaro): http://sayed7asan.blogspot.fr/2017/06/interview-complete-de-poutine-sur.html
  2. http://en.kremlin.ru/events/president/news/54638: http://en.kremlin.ru/events/president/news/54638
  3. http://sayed7asan.blogspot.fr: http://sayed7asan.blogspot.fr/
  4. https://www.youtube.com/watch?v=TsTdoviZ5GY: https://www.youtube.com/watch?v=TsTdoviZ5GY

Source URL: https://neptunya.fr/sayed-hasan-interview-complete-de-poutine-sur-macron-trump-lukraine-la-syrie-et-la-russie-le-figaro/


Pourquoi nous faisons la grève de la faim dans les geôles israéliennes, par Marwan Barghouti Paru sur le blog Sayed Hasan

by Neptunya | 24 mai 2017 13 h 13 min

Le 16 avril 2017   Source : https://www.nytimes.com/2017/04/16/opinion/palestinian-hunger-strik-prisoners-call-for-justice.html?_r=1[1] (via http://normanfinkelstein.com/2017/04/17/on-palestinian-prisoners%e2%80%8b/[2])

Traduction : http://sayed7asan.blogspot.fr/[3]

HADARIM PRISON, Israël – Ayant passé les 15 dernières années dans une prison israélienne, j’ai été à la fois témoin et victime du système illégal d’arrestations arbitraires massives d’Israël et de ses mauvais traitements infligés aux prisonniers palestiniens. Après avoir épuisé toutes les autres options, j’ai décidé qu’il n’y avait pas d’autre choix que de résister à ces abus en faisant une grève de la faim.
Quelque mille prisonniers palestiniens ont décidé de participer à cette grève de la faim, qui commence aujourd’hui, le jour que nous observons ici comme le Jour des prisonniers. La grève de la faim est la forme la plus pacifique de résistance disponible. Elle inflige des souffrances uniquement à ceux qui y participent et à leurs proches, dans l’espoir que leur ventre vide et leur sacrifice aideront le message à résonner au-delà des limites de leurs cellules sombres.
Des décennies d’expérience ont prouvé que le système inhumain d’occupation et d’occupation militaire d’Israël vise à briser l’esprit des prisonniers et la nation à laquelle ils appartiennent, en infligeant des souffrances à leur corps, en les séparant de leurs familles et de leurs communautés, en utilisant des mesures humiliantes pour les contraindre à l’assujettissement. Malgré un tel traitement, nous ne nous y soumettrons pas.
Israël, la puissance occupante, a violé le droit international de multiples façons depuis près de 70 ans, mais s’est cependant vu octroyer l’impunité pour ses actions. Elle a commis des violations graves des Conventions de Genève contre le peuple palestinien; les prisonniers, y compris les hommes, les femmes et les enfants, ne font pas exception.
J’avais seulement 15 ans quand j’ai été emprisonné pour la première fois. J’avais à peine 18 ans quand un interrogateur israélien m’a forcé à écarter les jambes alors que je me tenais nu dans la salle d’interrogatoire avant de frapper mes organes génitaux. Je me suis évanoui de douleur, et la chute qui en a résulté a laissé une cicatrice permanente sur mon front. L’interrogateur s’est moqué de moi ensuite, disant que je n’aurais jamais d’enfants parce que les gens comme moi ne donnent naissance qu’à des terroristes et des meurtriers.
Quelques années plus tard, j’étais de nouveau dans une prison israélienne, meneur d’une grève de la faim, lorsque mon premier fils est né. Au lieu des bonbons que nous distribuons habituellement pour célébrer de telles nouvelles, j’ai distribué du sel aux autres prisonniers. A peine âgé de 18 ans, il a été arrêté et a passé quatre ans dans les prisons israéliennes.
L’aîné de mes quatre enfants est maintenant un homme de 31 ans. Pourtant, je suis toujours ici, à poursuivre cette lutte pour la liberté avec des milliers de prisonniers, des millions de Palestiniens et le soutien de tant de personnes dans le monde. Qu’y a-t-il donc avec l’arrogance de l’occupant et de l’oppresseur et ses partisans qui les rende sourds à cette simple vérité : nos chaînes seront brisées avant que nous le soyons, parce que c’est la nature humaine que de répondre à l’appel de la liberté, quel que soit le prix.
Israël a construit presque toutes ses prisons à l’intérieur d’Israël plutôt que dans les territoires occupés. Ce faisant, il a transféré illégalement et de force des civils palestiniens en captivité et a utilisé cette situation pour restreindre les visites des familles et pour infliger des souffrances aux prisonniers par de longs transports dans des conditions cruelles. Cela a transformé les droits fondamentaux qui devraient être garantis par le droit international – y compris ceux obtenus après maintes souffrances par les grèves de la faim antérieures – en des privilèges que leur service pénitentiaire décide de nous accorder ou dont il décide de nous priver.
Les prisonniers palestiniens et les détenus ont subi des actes de torture, des traitements inhumains et dégradants et des négligences médicales. Certains ont été tués en détention. Selon le dernier chiffre du Club des Prisonniers Palestiniens, environ 200 prisonniers palestiniens sont décédés depuis 1967 à cause de telles actions. Les prisonniers palestiniens et leurs familles restent également une cible privilégiée de la politique israélienne d’imposition de punitions collectives.
A travers notre grève de la faim, nous cherchons à mettre un terme à ces abus.
Au cours des cinq dernières décennies, selon le groupe des droits de l’homme Addameer, plus de 800 000 Palestiniens ont été emprisonnés ou détenus par Israël – soit environ 40% de la population masculine du territoire palestinien. Aujourd’hui, environ 6 500 sont encore emprisonnés, dont certains ont la triste distinction de détenir des records mondiaux des plus longues périodes de détention de prisonniers politiques. Il n’y a pratiquement pas une seule famille en Palestine qui n’ait pas subi les souffrances causées par l’emprisonnement d’un ou de plusieurs de ses membres.
Comment rendre compte de cet état des choses incroyable ?
Israël a mis en place un double régime juridique, une forme d’apartheid judiciaire, qui offre une impunité virtuelle aux Israéliens qui commettent des crimes contre des Palestiniens, tout en criminalisant la présence et la résistance palestiniennes. Les tribunaux d’Israël sont une parodie de justice, clairement des instruments d’occupation coloniale et militaire. Selon le Département d’Etat, le taux de condamnation pour les Palestiniens dans les tribunaux militaires est de près de 90 %.

Parmi les centaines de milliers de Palestiniens qui ont été emprisonnés par Israël, se trouvent des enfants, des femmes, des parlementaires, des militants, des journalistes, des défenseurs des droits de l’homme, des universitaires, des personnalités politiques, des militants, des passants, des membres de la famille de prisonniers. Et tous dans le même but : enterrer les aspirations légitimes d’une nation entière.
Au lieu de cela, cependant, les prisons israéliennes sont devenues le berceau d’un mouvement durable pour l’autodétermination palestinienne. Cette nouvelle grève de la faim va démontrer une fois de plus que le mouvement des prisonniers est la boussole qui guide notre lutte, la lutte pour la Liberté et la Dignité, le nom que nous avons choisi pour cette nouvelle étape dans notre longue marche vers la liberté.

Israël a essayé de nous désigner tous comme des terroristes pour légitimer ses violations, y compris les arrestations arbitraires massives, la torture, les mesures punitives et les restrictions drastiques. Dans le cadre de l’effort d’Israël pour saper la lutte palestinienne pour la liberté, un tribunal israélien m’a condamné à cinq condamnations à perpétuité et à 40 ans de prison dans un procès politique-spectacle qui a été dénoncé par les observateurs internationaux.

Israël n’est pas le premier pouvoir occupant ou colonial à recourir à de tels expédients. Tout mouvement de libération nationale dans l’histoire peut rappeler des pratiques similaires. C’est pourquoi tant de personnes qui ont lutté contre l’oppression, le colonialisme et l’apartheid se tiennent à nos côtés. La Campagne internationale pour libérer Marwan Barghouti et tous les prisonniers palestiniens que l’icône anti-apartheid Ahmed Kathrada et ma femme, Fadwa, ont inaugurée en 2013 depuis l’ancienne cellule de Nelson Mandela à Robben Island a bénéficié du soutien de huit lauréats du prix Nobel de la paix, de 120 gouvernements et de centaines de dirigeants, de parlementaires, d’artistes et d’universitaires à travers le monde.
Leur solidarité expose l’échec moral et politique d’Israël. Les droits ne sont pas accordés par un oppresseur. La liberté et la dignité sont des droits universels qui sont inhérents à l’humanité, et dont doit jouir chaque nation et tous les êtres humains. Les Palestiniens ne seront pas une exception. Seule la fin de l’occupation mettra fin à cette injustice et marquera la naissance de la paix.

Marwan Barghouti

Endnotes:
  1. https://www.nytimes.com/2017/04/16/opinion/palestinian-hunger-strik-prisoners-call-for-justice.html?_r=1: https://www.nytimes.com/2017/04/16/opinion/palestinian-hunger-strik-prisoners-call-for-justice.html?_r=1
  2. http://normanfinkelstein.com/2017/04/17/on-palestinian-prisoners%e2%80%8b/: http://normanfinkelstein.com/2017/04/17/on-palestinian-prisoners%e2%80%8b/
  3. http://sayed7asan.blogspot.fr/: http://sayed7asan.blogspot.fr/

Source URL: https://neptunya.fr/pourquoi-nous-faisons-la-greve-de-la-faim-dans-les-geoles-israeliennes-par-marwan-barghouti-paru-sur-le-blog-sayed-hasan/


Salah Lamrani, un enseignant suspendu parce qu’il tient un blog Par le cercle des volontaires

by Neptunya | 25 février 2016 17 h 06 min

Entretien avec Salah Lamrani, professeur de français au collège Romain Rolland à Tremblay-en-France, suspendu parce qu’il tient un blog. http://www.agoravox.tv/actualites/info-locale/article/entretien-avec-salah-lamrani-52416   (http://sayed7asan.blogspot.fr) et https://www.youtube.com/watch?v=kAh16HADiTY Lire la suite

Source URL: https://neptunya.fr/salah-lamrani-un-enseignant-suspendu-parce-quil-tient-un-blog-par-le-cercle-des-volontaires/


Un enseignant musulman sous l’État d’urgence : « Terroriste ! »

by Neptunya | 18 février 2016 17 h 16 min

photo Fl(Salah Lamrani, au centre chemise blanche, et ses élèves. ) Lire la suite

Source URL: https://neptunya.fr/un-enseignant-musulman-sous-letat-durgence-terroriste/


La chaîne allemande ZDF a-t-elle falsifié un documentaire sur l’Ukraine ? (VOSTFR)

by Neptunya | 27 décembre 2015 12 h 41 min

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Source URL: https://neptunya.fr/la-chaine-allemande-zdf-a-t-elle-falsifie-un-documentaire-sur-lukraine-vostfr/


Norman Finkelstein sur la guerre à Gaza : Est-ce qu’Amnesty International a perdu la tête ? 1/7

by Neptunya | 3 septembre 2015 11 h 28 min

Une analyse médico-légale des rapports d’Amnesty International sur l’opération israélienne « Bordure Protectrice » à Gaza en 2014 (1/7)

Norman Finkelstein sur la guerre à Gaza : Est-ce qu’Amnesty International a perdu la tête ? (1/7) – See more at: http://sayed7asan.blogspot.fr/2015/08/guerre-gaza-est-ce-quamnesty.html#sthash.3atlNht9.dpuf[1]

https://www.byline.com/s/files/articlephoto/normanfinkelstein_uj6u0uw.png.600x600_q85.png

Amnesty International compte parmi les premiers organismes de défense des droits de l’homme dans le monde. Ses déclarations façonnent l’opinion publique, alors que les États se sentent obligés sinon d’en tenir compte, du moins de leur répondre. Un mouvement en faveur de la justice qui aspire à atteindre un large public et infléchir la politique de l’État ne peut se permettre d’ignorer Amnesty International si et quand elle se fourvoie. Cette monographie [étude exhaustive] soutient qu’Amnesty a en effet perdu le nord, et l’intention de cette monographie est de documenter cette analyse, dans l’espoir que Amnesty effectuera d’elle-même – ou que ses membres de base l’y obligeront – une correction de trajectoire.

Ces dernières années, Amnesty International a publié des rapports méticuleusement documentés et légalement inattaquables sur le respect des droits de l’homme dans le conflit israélo-palestinien, par exemple, Opération Plomb durci : 22 jours de morts et de destruction [1], un réquisitoire accablant sur l’assaut d’Israël à Gaza en 2008-2009. Mais cela n’a pas toujours été le cas. Pendant de nombreuses décennies, cette vénérable organisation de défense des droits de l’homme a effectivement donné à Israël un laissez-passer gratuit sur ses pratiques de torture généralisée dans les territoires palestiniens occupés [2]. A en juger par les rapports qu’elle a émis après l’agression d’Israël sur Gaza durant l’été 2014, l’opération « Bordure Protectrice », Amnesty régresse à ses apologétiques antérieures. Pour ceux qui ont appris à se fier à Amnesty et à la citer comme une source d’informations précises sur les droits de l’homme, ce développement est inquiétant et profondément frustrant. Le but principal de cette monographie n’est pas de rendre compte des raisons de ce rétropédalage apparent d’Amnesty, bien que certaines spéculations sur ce sujet seront avancées en conclusion, mais de le documenter soigneusement, en se concentrant en particulier sur l’acte d’accusation global d’Amnesty contre le Hamas [3] intitulé Illégaux et mortels: tirs de roquettes et de mortiers par les groupes armés Palestiniens au cours du conflit de 2014 entre Israël et Gaza [4].

 

La comparaison fallacieuse

Le tableau n° 1 présente les données brutes à partir desquelles une évaluation de l’opération « Bordure Protectrice » (ci-après : OBP) commence nécessairement [5].

 

Tableau n° 1 : Les pertes civiles de l’opération « Bordure Protectrice »

 

 

Nombre total de morts (dont x enfants) Civils tués (% des pertes totales) Combattants tués (% des pertes totales) Dommages directs à l’infrastructure civile Maisons civiles détruites ou rendues inhabitables
Israël 73 (1) 6** (8) 67 (92) 55 000 000 1***
Gaza* 2 200 (550) 1 560 (70) 640 (30) 4 000 000 000 18 000****

 

 

* Pour Gaza, les chiffres sont arrondis. Tout au long de cette monographie, les grands nombres sont de même arrondis à la dizaine, à la centaine ou au millier.

** Un civil était un travailleur immigré thaïlandais.

*** 11 autres ont subi des dégâts.

**** 38 000 autres ont subi des dégâts.

 

« Des deux côtés, observe Amnesty dans son rapport Illégaux et mortels, les civils ont une fois de plus porté le poids de la troisième guerre totale en moins de six ans.» Bien qu’elle soit sans doute vraie [9], cette déclaration obscurcit le fossé béant qui sépare l’ampleur de la souffrance infligée aux civils de Gaza par rapport aux civils israéliens [10]. Il est difficile de trouver un exemple plus palpable d’une différence quantitative se transformant en qualitative que celui du seul enfant israélien tué face aux 550 enfants de Gaza tués ; et cela ne diminue pas le caractère sacré de toute vie de relever le fait que si la mort d’un enfant israélien est terrible, avec le même calcul, les décès d’enfants de Gaza sont 550 fois plus terribles. Une mission médicale internationale d’enquête, recrutée par la branche israélienne des Médecins pour les droits de l’homme et composée de médecins éminents, a conclu son rapport sur OBP avec cette mise en garde : « Sans vouloir dévaluer en aucune façon les effets traumatisants de la guerre sur les civils israéliens, ils pâlissent en comparaison des conséquences de la destruction massive infligée à Gaza. » [11] Même le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, qui par le passé a déshonoré ses fonctions avec son apologie en faveur d’Israël [12], a soigneusement distingué les attaques mortelles d’Israël contre les installations de l’ONU lors de l’OBP, qu’il « déplore », et l’utilisation abusive par le Hamas des installations des Nations Unies pour lesquelles il est « consterné ». [13] On cherche en vain une reconnaissance ou nuance comparable formulée par Amnesty.

 

En accord avec sa prétention d’impartialité, Amnesty donne l’impression qu’Israël et le Hamas furent également coupables d’avoir violé les lois de la guerre. L’organisation a publié deux rapports d’après-guerre documentant les crimes d’Israël et deux rapports documentant les crimes du Hamas (quatre au total), tandis que de manière incroyable, elle a consacré, tout compte fait, beaucoup plus de pages à inculper le Hamas (107 pages) qu’Israël (78 pages) [14]. Dans son rapport intitulé Opération Plomb Durci, Israël avait fait porter l’essentiel de l’acte d’accusation d’Amnesty (60 pages contre 13), le rapport allouant respectivement un espace plus représentatif, bien qu’encore loin de la réalité, aux morts et aux destructions infligées par chaque côté [15]. L’introduction de chacun des rapports d’après-guerre d’Amnesty sur OBP équilibre méthodiquement la distribution de la culpabilité. Comme si cela n’était pas assez problématique, le rapport intitulé Illégaux et mortels détaille la mort de l’unique enfant israélien tué par une attaque du Hamas sur plus de deux pages. Si Amnesty était vraiment soucieuse de rendre compte fidèlement des pertes respectives – et non pas de les altérer –, n’aurait-elle pas dû consacrer 1 100 pages aux enfants tués à Gaza ? Amnesty suggère même que le Hamas était la partie la plus manifestement coupable dans ce conflit. Ainsi, la conclusion de Illégaux et mortels déplore sans équivoque le « mépris flagrant du droit international humanitaire » par le Hamas, alors que l’un des rapports réciproques d’Amnesty intitulé Familles sous les décombres : les attaques israéliennes sur les maisons habitées, conclut prudemment que la destruction causée par Israël – 18 000 maisons de Gaza furent entièrement détruites ou rendues inhabitables, laissant 110 000 personnes sans-abri – « soulève des questions difficiles pour le gouvernement israélien auxquelles il n’a jusqu’à présent pas pu répondre ». [16] Il est, bien sûr, possible de concevoir que le Hamas ait commis autant de crimes de guerre qu’Israël, sinon plus, durant l’OBP, mais, à première vue, ce serait une conclusion éminemment anormale. Que ce soit en termes absolus ou relatifs, les échelles de culpabilité semblent incliner lourdement du côté israélien : le Hamas a tué 73 Israéliens, dont seulement 8% étaient des civils, tandis qu’Israël a tué 2 200 Gazaouis dont 70% étaient des civils ; les dommages infligés à l’infrastructure civile de Gaza (4 milliards de dollars) dépassent d’un facteur de 70 les dommages infligés à l’infrastructure d’Israël (55 millions de dollars), tandis que le ratio des habitations civiles détruites par Israël par rapport au Hamas est de 18 000 pour 1. La question intrigante est celle-ci : comment Amnesty a-t-elle réussi à transformer ce bilan sauvagement déséquilibré en acte d’accusation équilibré des deux parties du conflit ?

 

Un arsenal menaçant

Pour justifier sa violence déchaînée à Gaza, Israël met invariablement le projecteur sur l’arsenal de roquettes que le Hamas aurait stocké. Amnesty se fait l’écho de cette version des faits. Ainsi, le lecteur apprend dans le rapport d’Amnesty Illégaux et mortels que, dès 2001, le Hamas avait empilé des roquettes à courte portée ; qu’il a ensuite « développé des roquettes Qassam de plus longue portée » ; que « plus récemment, les groupes armés à Gaza ont produit, modernisé, ou importé en contrebande des milliers de roquettes Grad BM-21 de différents types, avec des portées variant de 20 km à 48 km, et acquis ou produit un plus petit nombre de fusées de moyenne et longue portée », y compris « le Fajr 5 iranien et le M-75 produit localement (tous deux avec une portée de 75 km), ainsi que les roquettes de confection locale J-80 d’une portée de 80 km » ; et que « lors de l’opération Bordure Protectrice, les Brigades al-Qassam ont affirmé avoir tiré des roquettes R-160, une version locale du M-302, également avec une portée de 160 km. » [17] « La majorité des 8,3 millions d’Israéliens, et la totalité des 2,8 millions de Palestiniens de la Cisjordanie occupée », conclut sinistrement Amnesty, « sont maintenant à portée d’au moins une partie des roquettes détenues par des groupes armés palestiniens dans la bande de Gaza… [L]e cercle de la peur s’est élargi. » Mais quelle a été la réalité de la menace posée à Israël par l’arsenal de roquettes du Hamas ? (Par charité, on ignorera l’inclusion bizarre par Amnesty des Palestiniens de Cisjordanie dans le « cercle de la peur »).

Le Hamas aurait tiré 5 000 roquettes et 2 000 obus de mortier sur Israël pendant l’OBP. [18] L’écart entre les milliers d’armements du Hamas déchaînées sur Israël et le caractère minimal des morts et des destructions qu’elles ont infligées est généralement porté au crédit du Dôme de Fer, le merveilleux système de défense anti-missile d’Israël. Amnesty rapporte ainsi que « le système de défense antimissile d’Israël ‘Dôme de Fer’ a permis de limiter les pertes civiles dans de nombreuses zones », et a été utilisé « pour protéger les zones civiles des projectiles lancés depuis la bande de Gaza ». Mais cette explication ne convainc guère. Israël prétend que le Dôme de Fer a intercepté 740 roquettes ; le Département de la sûreté et de la sécurité de l’ONU (cité par Amnesty) estime le nombre à 240. Étrangement, Amnesty omet les conclusions accablantes de l’une des principales autorités mondiales en matière de défense anti-missile, Theodore Postol, du MIT [19]. Postol avait démystifié les revendications magnifiant le système de défense anti-missile Patriot au cours de la première guerre du Golfe en 1991 [20]. Il a conclu que le Dôme de Fer a intercepté avec succès 5% des roquettes du Hamas, soit, sur la base des données d’Israël, le nombre décevant de 40 d’entre elles [21]. En général, le Dôme de Fer a servi comme un accessoire polyvalent dans diverses campagnes israéliennes de hasbara [propagande]. Après l’opération Pilier de Défense en 2012, Israël a vanté le succès de son système de défense anti-missile pour compenser les maigres résultats de l’assaut [22]. Mais Israël a minimisé l’efficacité du Dôme de Fer dans son rapport post mortem officiel sur l’OBP intitulé Le Conflit de Gaza de 2014, 7 Juillet-26 Août 2014, de même qu’il a gonflé la vulnérabilité de son front intérieur, afin de justifier les morts et les destructions provoquées par Israël pendant l’opération. Ce rapport, qui a été publié en 2015 pour anticiper les conclusions critiques d’une enquête du Conseil des droits de l’homme de l’ONU et qui n’est rien de plus que du rabâchage, ne consacre que deux de ses 460 paragraphes au Dôme de Fer, tandis que l’accent est mis non pas sur la brillante performance du Dôme de Fer mais sur son caractère faillible et son incapacité à empêcher des « dommages importants à la vie et aux biens des civils ». [23]

Même selon le calcul officiel israélien de 740 interceptions, il reste encore une question troublante : Comment se fait-il que les milliers de projectiles du Hamas non interceptés par le Dôme de Fer aient infligé si peu de dommages ? En effet, avant même qu’Israël n’ait déployé le Dôme de Fer pour la première fois, lors de l’opération Pilier de Défense, les projectiles du Hamas comptaient à peine. Alors que le Hamas a tiré 13 000 roquettes et obus de mortier sur Israël entre 2001 et 2012, un total de 23 civils israéliens ont été tués, soit un civil tué pour 500 projectiles tirés. [24] Au cours de l’opération Plomb Durci [2008-2009], l’affrontement le plus violent d’Israël avec Gaza avant l’OBP et avant le Dôme de Fer, le Hamas a tiré 900 projectiles [25], mais n’a tué que trois civils. En outre, au cours de l’OBP, 2 800 projectiles du Hamas, soit 40% du total, sont tombés dans les régions frontalières d’Israël [26] où le Dôme de Fer n’était pas déployé, mais seul un civil israélien a été tué par une roquette [27]. (La plupart des Israéliens des zones frontalières « sont restés dans leurs communautés d’origine » au cours de l’OBP [28].)

Postol attribue le peu de victimes civiles israéliennes pendant l’OBP principalement (mais pas exclusivement) au système d’alerte précoce et aux abris d’Israël [29], qui a été considérablement amélioré au cours des dernières années [30]. Mais cela ne suffit toujours pas à expliquer entièrement le faible nombre de victimes civiles causées avant ces améliorations de la défense civile et, encore plus révélateur, cela ne peut pas expliquer les dommages matériels minimes. Pendant l’OBP, un site web du Ministère israélien des Affaires étrangères a tenu la chronique, sur une base quotidienne, des dommages matériels causés par les roquettes du Hamas [31]. Le tableau n° 2 résume ses données.

Tableau n° 2 : Dommages matériels israéliens dus aux attaques de roquettes du Hamas

Date Description
7 juillet
8 dommages sur une propriété
9 immeuble à côté d’un jardin d’enfant touché
10
11 une maison complètement détruite, deux autres endommagées
12
13 une roquette frappe une centrale électrique israélienne alimentant Gaza en électricité
14
15 dommages significatifs à des voitures et propriétés ; une école pour enfants handicapés est frappée
16 maison endommagée
17 immeuble endommagé
18 jardin d’enfant et synagogue endommagés
19 gros dommages dans une zone résidentielle
20
21 maison touchée, immeuble endommagé
22 maison endommagée
23
24
25
26
27 deux maisons touchées
28
29
30
31
1er Août
2
3 cour d’école touchée
4
5 maison touchée
6
7
8 maison touchée
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19 centre commercial touché
20
21 immeuble touché
22 maison et synagogue touchées
23
24
25
26 maison et terrain de jeu touchés

 

Le rapport Illégaux et mortels rapporte que « des dizaines de roquettes et d’obus de mortier dans les zones bâties ont endommagé des biens civils, y compris des maisons d’habitation, des infrastructures, des bâtiments publics et des établissements d’enseignement », tandis que Le Conflit de Gaza de 2014 allègue que « plusieurs communautés résidentielles à la frontière avec le Bande de Gaza… ont été lourdement frappées par des tirs de roquettes et de mortier » [32]. Pourtant, n’est-ce pas aussi une chose remarquable et digne d’émerveillement que, même en admettant qu’un certain pourcentage ait atterri dans des zones vides, les milliers et milliers de roquettes du Hamas aient infligé des dommages négligeables ? Comment se fait-il qu’une seule maison israélienne ait été détruite et 11 autres frappées ou endommagées par un tel méga-barrage de roquettes ? [33] La réponse la ​​plus évidente et la plus plausible est que la plupart de ces prétendues roquettes n’étaient que des feux d’artifice améliorés. Amnesty évoque des scénarios cauchemardesques autour des roquettes à longue distance du Hamas. Mais les roquettes à longue distance du Hamas utilisées lors de l’opération Pilier de Défense ne disposaient pas de charges explosives ; un responsable israélien les a ignorées en les qualifiant de « simples tuyaux » [34]. Il est peu probable que le Hamas ait considérablement amélioré sa technologie de roquettes en l’espace des seulement 20 mois séparant les opérations Pilier de Défense et OBP, et en toute probabilité, il n’a pas pu obtenir en contrebande un nombre substantiel de missiles sophistiqués – huit mois après Pilier de Défense, en juillet 2013,  eut lieu le coup d’État en Egypte, et l’un des premiers actes du leader du coup d’État a été de sceller presque tous les tunnels entre le nord du Sinaï et Gaza, qui étaient la principale route de contrebande. En adoptant le récit d’Israël sur l’arsenal meurtrier de roquettes du Hamas, et même si les projectiles ont créé une certaine peur au sein de la population civile israélienne, Amnesty s’est fait, sciemment ou non, un relais de propagande d’État.

A suivre

Par Norman G. Finkelstein
Sources : https://www.byline.com/project/13/article/149[2] et https://www.byline.com/project/13/article/163[3] (9 et 13 juillet 2015)
Traduit par jj, revu par Diane et Sayed Hasan pour Le Saker Francophone[4]
***

 

Aidez Norman Finkelstein à reconstruire un hôpital à Gaza :

Français : http://normanfinkelstein.com/2015/07/11/norman-finkelstein-un-an-apres-la-destruction-de-gaza-collecte-pour-reconstruire-lhopital-al-awda/[5]

 

Appel de Norman Finkelstein : « Aidons les habitants de Gaza ! » :

 

https://www.youtube.com/watch?v=ipcZsxuGxO8

 

Participez à la collecte sur https://www.byline.com/project/13[6] (dons à partir de 10 euros)

 

Voir également : Norman Finkelstein, un an après la destruction de Gaza : Collecte pour reconstruire l’hôpital Al-Awda[7]

 

 

Notes :
[1] 2009.

[2] Norman G. Finkelstein, Knowing Too Much: Why the American Jewish romance with Israel is coming to an end, New York, 2012, p. 97.

[3] Par Hamas, nous désignons ici tous les groupes armés à Gaza.

[4] 2015.

[5] Pour en savoir plus sur l’OBP, voir Norman G. Finkelstein, Méthode et Folie : L’histoire cachée des agressions israéliennes sur Gaza, New York, 2014.

[6] La plupart des données israéliennes dans cette monographie viennent de l’État d’Israël, Le conflit de Gaza de 2014, 7 juillet-26 août 2014 (mai 2015). Il rapporte que la rémunération totale pour les dommages directs causés à des civils israéliens atteindra 40 millions de dollars, tandis que l’État va dépenser 15 millions de dollars supplémentaires pour réparer l’infrastructure publique qui a été endommagée (§ 112, 223).

[7] Les chiffres des victimes de Gaza sont basés sur l’Office des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), Vies Fragmentées (mars 2015). Les principales organisations de défense des droits de l’homme basées à Gaza (Al Mezan, Centre palestinien pour les Droits de l’homme), estiment le nombre de civils tués à 1 600-1 700. Le rapport d’Israël Le conflit de Gaza de 2014 allègue que, sur les 1 700 décès de Gaza classifiés sur un total de 2 125, 940 (44%) étaient des « militants » du Hamas, 760 (36%) étaient des civils, et 420 (20%) étaient « encore à classer ». Il indique également qu’à l’exception de quelques rares cas, les femmes, les enfants de moins de 16 ans et les personnes âgées étaient toujours automatiquement classés dans les calculs comme « non impliqués ». Mettant de côté toutes les autres absurdités dans la comptabilité d’Israël, selon l’OCHA, le nombre de femmes et d’enfants de Gaza tués – c’est-à-dire à l’exclusion des adultes mâles – est déjà de 850 (la seule petite divergence est que l’OCHA considère comme enfant toute personne âgée de 17 ans au lieu de 16 ans). Le rapport israélien dénonce OCHA pour avoir fondé sa répartition combattants/civils sur les « listes de décès quotidiennes publiées par le ministère de la Santé de la bande de Gaza contrôlé par le Hamas », qui, poursuit-il, « ne précisent pas si le défunt était un militant ». Il est difficile de comprendre comment l’OCHA aurait pu se fonder sur la répartition du ministère si le ministère n’a pas fait de répartition. Voir Le conflit de Gaza de 2014, pp. 56 & 165 ; Annexe : le nombre de décès palestiniens durant le Conflit de Gaza de 2014, § 9, 13, 26-27.

[8] État Palestinien, The National Early Recovery and Reconstruction Plan for Gaza (Octobre 2014), p. 9.

[9] D’autre part, seulement huit pour cent du nombre total des victimes israéliennes étaient des civils.

[10] Dans le dernier rapport publié par Amnesty, intitulé Strangling Necks”: Abductions, torture and summary killings of Palestinians by Hamas forces during the 2014 Gaza/Israel conflict (2015), l’organisation ne mentionne que brièvement que « l’ampleur des pertes et destructions de Gaza infligées par les forces israéliennes a dépassé de loin celles causées par les attaques palestiniennes sur Israël, ce qui reflète la puissance de feu d’Israël bien plus grande, entre autres facteurs».

[11] Jutta Bachmann et al., Gaza 2014 : Les conclusions d’une mission médicale d’enquête indépendante, 2015, p. 101 (ci-après désignée comme Mission médicale d’enquête).

[12] Finkelstein, Method and Madness, pp. 101-20.

[13] Les remarques de M. Ban Ki-moon sont annexées au résumé du rapport final de la commission de l’ONU à laquelle il a demandé d’enquêter sur « certains incidents qui se sont produits dans la bande de Gaza entre le 8 juillet 2014 et 26 août 2014 » (Ci-après : Commission d’enquête de l’ONU).

[14] En plus des rapports Illégaux et mortels et Strangling Necks, Amnesty International a aussi publié Familles sous les décombres : attaques israéliennes contre des maisons habitées (2014), et Rien n’est à l’abri : la destruction par Israël de bâtiments emblématiques dans la bande de Gaza (2014). Il convient de noter que ces quatre rapports ont été publiés au cours de la période critique et opportune entre la fin de l’OBP et la publication du rapport du Conseil des droits de l’homme de l’ONU sur l’OBP en juin 2015. Tout ce qu’Amnesty pourra publier après le rapport de l’ONU aurait peu ou pas d’impact politique. On peut constater que le rapport de l’ONU a fait un usage extensif des quatre rapports publiés par Amnesty, un sujet sur lequel l’auteur reviendra prochainement dans une nouvelle monographie.

[15] Une juxtaposition précise jette une ombre encore plus sombre sur les allocations d’espace d’Amnesty International dans ses rapports : en chiffres absolus, l’échelle des morts civils et des destructions infligées par Israël au cours de l’opération Bordure Protectrice était beaucoup plus importante que durant l’opération Plomb Durci, alors que dans le cas du Hamas, elle était à peu près la même.

[16] D’autre part, Strangling Necks dit catégoriquement que « les forces militaires israéliennes ont commis des crimes de guerre et d’autres violations graves du droit international lors de l’opération Bordure Protectrice ». Human Rights Watch (HRW) a également été beaucoup plus rapide à condamner le Hamas qu’à condamner qu’Israël. « Il est évidemment plus facile de dénoncer comme un crime de guerre, par exemple, les efforts du Hamas pour tirer des roquettes sur des zones civiles, a commenté Kenneth Roth, le directeur exécutif de HRW, lors de l’OBP. Vous savez, c’est tout à fait évident. Il n’y a pas besoin de beaucoup d’investigations pour constater cela. Pour Israël, il faut plusieurs enquêtes approfondies. » (http://m.democracynow.org/stories/9979[8]).

[17] Bien qu’Amnesty ne fournisse pas de base pour ces données, elles proviennent certainement de sources officielles israéliennes. Il est difficile de dire quelle valeur peut être accordée à ces sources. Le Conflit de Gaza de 2014 allègue qu’à la veille de l’opération Pilier de Défense (2012), le Hamas « avait stocké plus de 7 000 roquettes et mortiers », tandis que la veille de l’OBP, il « avait acquis 10.000 roquettes et mortiers » (§ 51, 54). Ce rapport fournit également une répartition précise de ces roquettes (6 700 roquettes d’une portée de 20 km, 2 300 roquettes d’une portée de 40 km…). C’est une énigme de savoir comment Israël aurait obtenu ces chiffres et pourquoi, les connaissant, il n’a pas préempté militairement l’utilisation par le Hamas de ces projectiles – car s’il savait combien de roquettes le Hamas avait amassées, il aurait sûrement dû savoir également où elles étaient stockées. Le rapport israélien indique également que le Hamas « a investi massivement dans le réarmement après l’opération de Gaza 2008-2009 et les engagements de 2012 à Gaza, qui ont rétréci substantiellement son stocks d’armes » (p. 61, n186). Mais si le Hamas avait accumulé 7 000 projectiles juste avant Pilier de Défense, et en a tiré 1 500 au cours de cette opération (§ 51), son arsenal aurait été appauvri de seulement 20%. La conclusion raisonnable est qu’Israël concocte ces chiffres à son gré.

[18] Département de la sûreté et de la sécurité des Nations Unies (UNDSS), cité dans l’Addendum au rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (A / HRC / 28/80 / Add.1, le 26 Décembre 2014), p. 8. Le Conflit de Gaza de 2014 rapporte que le Hamas a tiré 4 000 roquettes et obus de mortier sur Israël et 500 projectiles supplémentaires qui ont atterri à l’intérieur de la bande de Gaza (§ 103, 112).

[19] Theodore Postol, « Les preuves de l’infefficacité du Dôme de Fer », Bulletin of the Atomic Scientists (19 Juillet 2014 ; http://thebulletin.org/evidence-shows-iron-dome-not-working7318[9]) ; Dôme de Fer ou Passoire de Fer?, Democracy Now ! (31 Juillet 2014; http://www.democracynow.org/2014/7/31/iron_dome_or_iron_sieve_evidence[10], http://www.democracynow.org/blog/2014/7/31/part_two_theodore_postol_asks_is[11]).
[20] Theodore A. Postol, Lessons of the Gulf War Patriot Experience, International Security (Hiver 1991/92).

[21] Israël a prétendu que 90% (740) des roquettes du Hamas tombées dans les zones peuplées où le Dôme de Fer a été déployé ont été interceptées, ce qui mettrait le nombre total de roquettes tombées dans ces zones à 820. Yoav Zitun, Iron Dome: IDF intercepted 90 percent of rockets, Ynetnews.com (15 August 2014; http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4558517,00.html[12]).

[22] Finkelstein, Method and Madness, pp. 128-29.

[23] Le Conflit de Gaza de 2014, § 189-90 (cf. § 4, 113, 190).

[24] Sur la base de Le Conflit de Gaza de 2014, qui rapporte que le Hamas a tiré 13 000 projectiles sur Israël entre 2001 et le début de Pilier de Défense (§ 44, 51, p. 58n174). B’Tselem (Centre d’information israélien pour les droits de l’homme dans les territoires occupés), Les attaques contre des civils israéliens par des Palestiniens (http://www.btselem.org/topic/israeli_civilians[13]).

[25] Le Conflit de Gaza de 2014, p. 58n174.

[26] Ibid., § 114, p. 122n361. Ce rapport affirme que « plus de 60% » des projectiles du Hamas ont atterri dans les zones frontalières, mais il met le nombre total de projectiles du Hamas tiré au cours de l’OBP à 4 000, tandis que le chiffre UNDSS, utilisé dans cette monographie, indique un total de 7 000.

[27] Les cinq autres morts civils en Israël sont dus à des obus de mortier (ibid., pp. 112-13nn328-32).

[28] Ibid., § 210.

[29] Certains éléments de preuves circonstancielles accréditent la thèse de Postol. Bien que les tirs de roquettes du Hamas aient tué seulement un civil dans deux des régions frontalières israéliennes dépourvues du Dôme de Fer, des obus de mortier en ont tué quatre autres. Le résultat différentiel est peut-être dû au fait que le système d’avertissement d’Israël fournit un délai d’avance de 15 secondes pour s’abriter dans le cas d’une fusée, mais seulement 3-5 secondes dans le cas d’une attaque au mortier. Postol mentionne également la taille modeste des ogives de fusée du Hamas comme un facteur.

[30] Le Conflit de Gaza de 2014, § 183, p. 111n327 ; Itay Hod, L’Application israélienne Alerte Rouge sauve des vies, Daily Beast (14 juillet 2014).

[31] http://mfa.gov.il/MFA/ForeignPolicy/Terrorism/Pages/Israel-under-fire-July-2014-A-Diary.aspx[14].

[32] Le Conflit de Gaza de 2014, p. 65 (légende).

[33] Il en allait de même par le passé. Seule une maison israélienne a été « presque entièrement détruite » pendant Plomb Durci, et les dommages matériels étaient également négligeables auparavant. Norman G. Finkelstein, This Time We Went Too Far: Truth and consequences of the Gaza invasion, édition revue et augmentée (New York, 2011) p. 63; Human Rights Watch, Indiscriminate Fire: Palestinian rocket attacks on Israel and Israeli artillery shelling in the Gaza Strip (juin 2007), pp. 24-28.

[34] Dan Williams, Certaines roquettes de Gaza se voient retirer leurs explosifs pour une plus longue portée, Reuters (18 novembre 2012).

Endnotes:
  1. Norman Finkelstein sur la guerre à Gaza : Est-ce qu’Amnesty International a perdu la tête ? (1/7) – See more at: http://sayed7asan.blogspot.fr/2015/08/guerre-gaza-est-ce-quamnesty.html#sthash.3atlNht9.dpuf: http://sayed7asan.blogspot.fr/2015/08/guerre-gaza-est-ce-quamnesty.html
  2. https://www.byline.com/project/13/article/149: https://www.byline.com/project/13/article/149
  3. https://www.byline.com/project/13/article/163: https://www.byline.com/project/13/article/163
  4. Le Saker Francophone: http://lesakerfrancophone.net/
  5. http://normanfinkelstein.com/2015/07/11/norman-finkelstein-un-an-apres-la-destruction-de-gaza-collecte-pour-reconstruire-lhopital-al-awda/: http://normanfinkelstein.com/2015/07/11/norman-finkelstein-un-an-apres-la-destruction-de-gaza-collecte-pour-reconstruire-lhopital-al-awda/
  6. https://www.byline.com/project/13: https://www.byline.com/project/13
  7. Norman Finkelstein, un an après la destruction de Gaza : Collecte pour reconstruire l’hôpital Al-Awda: http://sayed7asan.blogspot.fr/2015/07/norman-finkelstein-collecte-pour.html
  8. http://m.democracynow.org/stories/9979: http://m.democracynow.org/stories/9979
  9. http://thebulletin.org/evidence-shows-iron-dome-not-working7318: http://thebulletin.org/evidence-shows-iron-dome-not-working7318
  10. http://www.democracynow.org/2014/7/31/iron_dome_or_iron_sieve_evidence: http://www.democracynow.org/2014/7/31/iron_dome_or_iron_sieve_evidence
  11. http://www.democracynow.org/blog/2014/7/31/part_two_theodore_postol_asks_is: http://www.democracynow.org/blog/2014/7/31/part_two_theodore_postol_asks_is
  12. http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4558517,00.html: http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4558517,00.html
  13. http://www.btselem.org/topic/israeli_civilians: http://www.btselem.org/topic/israeli_civilians
  14. http://mfa.gov.il/MFA/ForeignPolicy/Terrorism/Pages/Israel-under-fire-July-2014-A-Diary.aspx: http://mfa.gov.il/MFA/ForeignPolicy/Terrorism/Pages/Israel-under-fire-July-2014-A-Diary.aspx

Source URL: https://neptunya.fr/norman-finkelstein-sur-la-guerre-a-gaza-est-ce-quamnesty-international-a-perdu-la-tete-17/


Vladimir Poutine à propos de la FIFA, Snowden & Assange (VOSTFR) By Sayed Hasan

by Neptunya | 7 juin 2015 11 h 14 min

28 mai 2015 – 12h00
S’il est évident que la FIFA est corrompue jusqu’à la moëlle, il n’est pas moins certain que l’arrestation de plusieurs responsables de cette organisation à l’instigation des Etats-Unis, et ce à la veille de la réélection de son Président, était une action absolument illégale et hautement politique. Vladimir Poutine l’a souligné dès le lendemain des faits en rappelant le contexte de la Coupe du Monde 2018 qui doit se tenir en Russie, au grand dam des Etats-Unis et du Royaume-Uni (dont la candidature n’a pas été retenue), ainsi que les précédents Edward Snowden & Julian Assange, qui avaient révélé l’ampleur de l’ingérence américaine en Europe. De telles actions visent à intimider tous ceux qui ne se soumettent pas aux desiderata de l’Oncle Sam, outré par l’idée même de malversations financières et très respectueux du droit international, comme chacun le sait. Il est maintenant ouvertement question d’un boycott de la Coupe du Monde 2018[1]. Après Sotchi (et la commémoration du 70e anniversaire de la Victoire contre le nazisme), honteusement boudés par les dirigeants occidentaux au prétexte d’une « ingérence » russe en Ukraine, assistera-t-on à un retour des boycotts olympiques de Guerre Froide (cf. Moscou 1980, San Francisco 1984) ? En savoir plus sur le site de Sayed Hasan[2]

Transcription :

Journaliste : Des rapports concernant un scandale majeur à la FIFA sont apparus aujourd’hui. Cette organisation a été accusée de corruption et 14 employés ont été arrêtés. Pensez-vous que tout cela peut avoir un impact sur la Coupe du Monde 2018 en Russie ?

Vladimir Poutine : Je ne sais pas, cela ne nous regarde pas. Mais bien entendu j’ai une opinion sur la question.

Comme nous le savons tous, l’élection du Président de la FIFA était prévue pour Vendredi, et M. Blatter avait toutes les chances d’être réélu. Nous sommes conscients des pressions auxquelles il a été soumis pour empêcher la tenue de la Coupe du monde 2018 en Russie. Nous connaissons sa position sur ce dossier, et celle-ci n’a aucun rapport avec une quelconque relation spéciale entre la FIFA et la Russie. C’est sa position générale, une position de principe, à savoir que le sport et la politique doivent être toujours dissociés. Et de plus, il considère que le sport devrait avoir un impact positif sur la politique, et constituer une plateforme de dialogue, de réconciliation et de recherche de solutions. Je crois qu’il a parfaitement raison.

En ce qui concerne la série d’arrestations, le moins que l’on puisse dire et que c’est étrange, car les arrestations ont eu lieu à l’instigation d’accusations de corruption émises par les Etats-Unis. Qui ont-ils accusé ? Des fonctionnaires internationaux. Il est possible que certains d’entre eux aient violé la loi, je ne sais pas, mais il est clair que les Etats-Unis n’ont aucunement le droit de se mêler de cela. Ces fonctionnaires ne sont pas des citoyens des Etats-Unis, et même s’il y avait effectivement eu quelque violation, elle ne s’est pas produite sur le sol américain, et les Etats-Unis n’ont rien à faire là-dedans. C’est encore une fois une tentative manifeste des Etats-Unis d’appliquer leur juridiction sur d’autres Etats souverains.

Et je n’ai aucun doute sur le fait qu’il s’agisse d’une tentative concertée pour empêcher la réélection de M. Blatter au poste de Président de la FIFA, ce qui constitue une violation très grave du mode de fonctionnement des organisations internationales.

De plus, comme nos médias l’ont rapporté le Procureur Général américain a déjà annoncé que ces responsables de la FIFA ont effectivement commis des crimes, comme s’il ne savait pas que tout individu est présumé innocent jusqu’à ce qu’il soit déclaré coupable. Seule une Cour de justice peut déclarer quelqu’un coupable ou non coupable, et c’est seulement après cela que quiconque peut s’exprimer sur la question, même en supposant que les Etats-Unis aient pu avoir quelque légitimité à demander l’extradition de ces individus, bien que leurs crimes supposés aient eu lieu en dehors du territoire américain.

Nous connaissons la position des Etats-Unis au sujet de l’ancien agent de la NSA, M. Snowden, qui a révélé les actions illégales des Etats-Unis à l’échelle mondiale, y compris la mise sur écoute des téléphones de dirigeants étrangers. Tout le monde a condamné cela, même en Europe, mais personne n’a accepté de lui donner asile ou d’assurer sa sécurité, car personne ne veut se quereller avec ses partenaires, surtout ses principaux partenaires.

On pourrait à la rigueur comprendre cela, car M. Snowden est un ancien agent des services de sécurité américains et un citoyen des Etats-Unis, mais que dire de M. Assange ? Il a été contraint de se réfugier dans l’ambassade d’un pays étranger pendant plusieurs années. C’est comme s’il était emprisonné. Pourquoi est-il persécuté ? Pour des crimes sexuels ? Personne ne peut croire cela.

Ils le traquent car il a publié des informations obtenues de la part de soldats américains au sujet des actions de l’armée américaine au Moyen-Orient, en particulier en Irak. J’évoque cela maintenant car malheureusement, nos partenaires américains emploient de telles méthodes pour parvenir à leurs propres fins. Ils espionnent les gens et les persécutent illégalement. Je n’exclus pas la possibilité que la même chose se produise avec la FIFA.

Bien sûr, je ne sais pas comment cela va finir, mais le fait que cela se produise juste avant l’élection du Président de la FIFA m’amène à ces réflexions.

Endnotes:
  1. boycott de la Coupe du Monde 2018: http://www.independent.co.uk/sport/football/international/fifa-corruption-world-cup-boycott-is-the-only-way-to-reform-fifa-says-senior-uefa-official-10290415.html
  2. En savoir plus sur le site de Sayed Hasan: http://sayed7asan.blogspot.fr/2015/06/vladimir-poutine-propos-de-la-fifa.html

Source URL: https://neptunya.fr/vladimir-poutine-a-propos-de-la-fifa-snowden-assange-vostfr-by-sayed-hasan/


Hassan Nasrallah : la guerre au Yémen annonce la fin de la dynastie saoudienne (VOSTFR) par Sayed Hasan

by Neptunya | 9 avril 2015 13 h 49 min

Interview du Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah par la chaîne d’informations syrienne Al-Ikhbariyya – Lundi 6 avril 2015

Dans cet extrait, Sayed Hassan Nasrallah évoque l’opération américano-saoudienne au Yémen, un véritable désastre militaire jusqu’à présent. Selon lui, l’Arabie Saoudite s’est lancée dans une entreprise insensée, et elle est maintenant menacée dans son intégrité territoriale même. Il prédit avec certitude une victoire éclatante des Houthis, et des répercussions majeures sur la dynastie régnante saoudienne et l’ensemble de la région qui iront dans le sens de l’intérêt des peuples. http://www.sayed7asan.blogspot.fr/

Transcription :

[…]

Journaliste : Je souhaite à nouveau la bienvenue à notre invité, le Sayed Hassan Nasrallah. Bienvenue à vous, votre Eminence le Sayed. Nous avons évoqué, juste avant la pause et cette dernière partie de notre entretien, des questions d’importance primordiale pour notre région. Vous avez déclaré que si le Pakistan intervient aux côtés de l’Arabie Saoudite, il le fera au prétexte d’une menace intérieure sur la sécurité saoudienne, et vous avez dit que cela n’est pas une possibilité lointaine, et que cela peut advenir dans un futur proche, les jours à venir nous montreront si un tel développement se produit depuis le Yémen, si les Houthis peuvent entrer en Arabie Saoudite. Que vouliez-vous dire ?

Sayed Hassan Nasrallah : Ecoutez, en fin de compte, je n’ai pas d’informations particulières, mais cela peut advenir, au sens où ce qui se passe aujourd’hui au Yémen jusqu’à présent – faisons-donc une analyse de la situation.

Eh bien, (l’Arabie Saoudite) a commencé par les bombardements, et ils ont fixé divers objectifs. Jusqu’à présent, ils n’ont pas réalisé le moindre de ces objectifs, rien de rien. Et c’est là l’expérience de la guerre de juillet (2006) au Liban, l’expérience des guerres de Gaza en Palestine – et soit dit en passant, la direction de la guerre contre le Yémen, que ce soit dans son aspect médiatique, dans la guerre psychologique, dans la direction militaire ou ses tactiques, est exactement comme la guerre contre le Liban, et la guerre contre Gaza, et cela nous dévoile qui se cache en coulisses et prend les décisions. Eh bien, ils ont fixé un certain nombre d’objectifs, et ils n’ont jusqu’à présent absolument rien accompli parmi ces objectifs. Sauf le fait de tuer des gens, bien sûr, mais ils ne l’ont pas annoncé en tant qu’objectif. Ils ont dit que… et cela prouve que – aujourd’hui, nous entrons dans le 17e jour de la guerre – c’est un échec. C’est un échec humiliant pour l’agression saoudo-américaine contre le Yémen.

(Les Saoudiens) ont déclaré (comme objectifs) que premièrement, ils voulaient réinstaller le Président qu’ils considèrent légitime : mais il est toujours posé à Riyad avec ses partisans.

Deuxièmement, qu’ils voulaient imposer à Ansarallah, à leurs alliés et à leurs alliés la reddition : mais ils ne se sont pas rendus.

(Troisièmement, ils voulaient que) la direction du pays se retire, et qu’ils livrent leurs armes lourdes et moyennes. Il se peut que nous soyons nombreux, dans cette région, à méconnaître beaucoup de choses sur le Yémen, mais les Saoudiens connaissent très bien le Yémen, et j’ai moi-même rigolé, car d’après ce que je sais sur le Yémen, les armes moyennes et lourdes sont des armes personnelles (détenues même par les civils), c’est-à-dire que les (Saoudiens) prétendent leur enlever même leurs armes individuelles : au Yémen, toutes les tribus possèdent des armes lourdes et des armes moyennes, et (les Saoudiens) déclarent donc aux groupes qu’après leur avoir imposé une guerre, ils devraient livrer leurs armes lourdes et moyennes ? A mon avis, c’est de l’imbécilité manifeste.

Eh bien, troisièmement, ou quatrièmement, ils ont dit que l’objectif était d’empêcher l’occupation iranienne du Yémen, ce qui est couru d’avance, puisque (le projet d’occupation iranienne) est une fiction, donc ils ne peuvent pas dire qu’ils ont empêché l’occupation du Yémen par l’Iran.

Cinquièmement, sur le terrain, ils ont déclaré qu’ils voulaient empêcher l’armée yéménite et les comités populaires à certaines provinces et à Aden. Mais (les Houthis) sont parvenus à Aden, l’aéroport est entre leurs mains – je me base sur les informations de la chaîne [saoudienne] Al Arabiya –, le port est entre leurs mains, la plus grande partie de la ville est entre leurs mains, ainsi que la plupart des provinces du Sud… Qu’avez-vous donc accompli (vous Saoudiens) ?

Jusqu’à cet instant, je peux parler, d’après mes connaissances – et nous avons aussi l’expérience de la guerre de juillet (2006) au Liban, des guerres israéliennes contre Gaza, et nous comprenons donc ces choses d’une manière ou d’une autre – et mon évaluation de la situation est donc que ce qui s’est passé jusqu’à présent est un échec humiliant de l’agression saudo-américaine contre le Yémen.

Si nous en croyons le porte-parole officiel (saoudien), celui qui s’exprime tous les jours pour faire un point sur l’évolution de la bataille, ce pauvre type est dans l’embarras, il cherche le moindre succès (à mettre en avant). Alors il dit qu’il y avait je ne sais quelle force qui se dirigeait vers Aden, et nous l’avons frappée. Ce n’est pas un accomplissement ! C’est un détail. Tu es en train de mener une guerre, quand même. Dans une guerre, il y a des martyrs, des véhicules sont détruits, on est tué, on tue, c’est ça la guerre, c’est normal ! Parle-moi donc des accomplissements militaires qui ont une implication militaire ou politique notable, mais ils n’ont rien accompli de tel jusqu’à présent.

Bien au contraire, je vais vous révéler ce qu’a vraiment accompli l’agression saoudienne contre le Yémen jusqu’à présent.

Le premier accomplissement, c’est qu’ils ont rendu la grande majorité du peuple yéménite opposée radicalement à l’Arabie Saoudite. Quand avait-on vu au Yémen des centaines de milliers de personnes, sinon des millions, manifester en proclamant « Mort aux Saoud ! » ? Soit dit en passant, les Saoud ne tolèrent pas que quiconque parle d’eux. Ils paient des fortunes, et le monde entier se fait insulter, pas de problème, mais si une chaîne de télévision, un journal, un orateur, un homme politique ou un écrivain dit le moindre mot (négatif) sur les Saoud, ils le mettent en pièces. Eh bien, des millions de personnes manifestent donc au Yémen pour proclamer « Mort aux Saoud ! ». C’est une perte stratégique colossale pour les Saoud au Yémen.

Deuxièmement, il y a un soulèvement et une mobilisation énormes du peuple yéménite, qu’on voit dans les chaînes TV, bien qu’ils essaient d’empêcher que cela apparaisse : les tribus, les villes, les provinces, le peuple dans son ensemble, et cette mobilisation et ce soulèvement vont croître du fait des crimes que commet cette agression contre le peuple yéménite. C’est donc là un deuxième accomplissement, et une conséquence de l’agression.

Un autre accomplissement de l’agression, c’est qu’il y a aujourd’hui une demande exercée sur les dirigeants yéménites qui mènent la bataille, et qui n’ont pas pris la décision de fermer (le détroit stratégique de) Bab al-Mandeb, ce qu’ils peuvent faire à tout moment : il ne s’agit que de 20 kilomètres, ils en sont tout à fait capables. Et ils peuvent aussi frapper par des missiles des objectifs à l’intérieur de l’Arabie Saoudite, ou même entrer à l’intérieur des terres d’Arabie Saoudite, mais cette direction yéménite, ce peuple du Yémen qui mène cette bataille n’a pas encore pris de telle mesure, jusqu’à présent. Mais il peut prendre de telles mesures dans le futur, je ne sais pas. Cela est lié au développement de la guerre et de la bataille. Le plus important ici est qu’il y a des demandes populaires très fermes de riposter, qu’il s’agisse de lancer des missiles ou de faire une incursion terrienne en Arabie Saoudite. Et il y a actuellement un discours ferme et largement repris à propos de provinces yéménites, qui appartenaient au Yémen à l’origine, mais que les Saoud ont annexé à leur Royaume. Et la direction militaire saoudienne – j’ai entendu cela aux informations, mais je ne sais pas si c’est vrai : près de 90 villages frontaliers ont été évacués, voire leurs maisons détruites par crainte que les Yéménites n’y entrent. Il y a actuellement une demande populaire yéménite : « Laissez-nous entrer en Arabie Saoudite. » La direction, jusqu’à présent, n’a pas pris de telle décision, je voulais indiquer cela.

Parmi les autres accomplissements majeurs de l’agression, citons encore le soutien à Daech (l’Etat Islamique) et à Al-Qaïda, alors qu’ils savent bien que Al-Qaïda et Daech représentent véritablement un danger pour l’Arabie Saoudite et tous les pays du Golfe, et nous avons vu ce qui se passe en Irak. Mais ceux-là, lorsqu’ils deviennent aveugles, c’est pour de bon, et ils ne voient même pas ce qu’il y a devant eux.

Tu as devant toi, au Yémen, Daech et Al-Qaïda, et tu as l’armée yéménite, tu as Ansarallah, et tu as d’autres forces politiques amies et alliées de l’Arabie Saoudite, mais ceux que vous combattez maintenant étaient prêts à négocier, à dialoguer, à s’entendre avec vous avant que vous meniez cette guerre contre eux. Et ils sont toujours prêts à se diriger vers un dialogue yéméno-yéménite dans un pays neutre. Mais Al-Qaïda et Daech représentent un danger pour le Yémen et pour tous les pays du Golfe, les gouvernements, les Rois, les Emirs, les peuples… Mais où leur aveuglement les a-t-il conduits ? Afin de frapper Ansarallah et l’armée yéménite, ils protègent Al-Qaïda et Daech au Yémen, et plus encore, ils leur larguent des armes par avion. Eh bien, est-ce là un accomplissement ? Cela va contre les intérêts de l’Arabie Saoudite.

C’est pourquoi mon évaluation de la situation est celle-ci : il y a deux aspects, un aspect humanitaire, et sur cet aspect c’est très douloureux, et nous devons la mettre en lumière et y remédier, c’est là la responsabilité de tout individu : les massacres, les bombardements, l’agression, la démolition des infrastructures et de l’armée yéménite (j’ai oublié de le rappeler dans les objectifs). Ces gens-là, je veux dire les Américains et Israël, dont on connaît tous les alliés et les armées, ne veulent pas que subsiste dans cette région la moindre armée forte qui puisse un jour représenter une menace pour Israël ou pour la domination américaine sur la région. Et c’est pourquoi l’armée yéménite est actuellement une cible, l’un de leurs objectifs est de détruire l’armée yéménite.

Quoi qu’il en soit, pour conclure, je répète que ce qui se passe au Yémen est très douloureux et triste mais d’un autre aspect, j’ai déclaré dès le début que je prévois – non pas à la manière des astrologues, mais par l’analyse politique, l’expérience, les données, ce que nous savons de la situation au Yémen et en Arabie Saoudite et des équations des luttes actuelles dans la région. Je maintiens l’avis que j’ai exprimé il y a quelques jours au début des événements : la défaite saoudienne est pour moi la plus claire des évidences, de même que la victoire yéménite est une certitude absolue, et cela aura un impact sur tous les événements de la région et constituera une porte de salut pour beaucoup de peuples et de gouvernements de la région.

Journaliste : Ce sont là des attentes majeures que vous prédisez pour toute la région, votre Eminence, sur la base de votre analyse politique.

[…]

Sayed Hassan Nasrallah : Oui, sur cet aspect, et je ne me fais pas de souci quant à l’issue de la bataille, et c’est pour cela que j’ai dit qu’il n’y a aucun risque. Je considère qu’il y a un aspect humanitaire très douloureux, mais j’ai la certitude absolue que l’Arabie Saoudite va subir une défaite majeure. Et sa défaite aura un impact sur sa situation intérieure, sur la famille royale, sur tous ceux qui croyaient pouvoir réaliser des exploits et des victoires historiques, et il y aura également un impact sur toute la région. C’est ma conviction. Et on peut prendre note et attendre de voir ce qui va se passer. Ces jours-là sont proches.

Source URL: https://neptunya.fr/hassan-nasrallah-la-guerre-au-yemen-annonce-la-fin-de-la-dynastie-saoudienne-vostfr-par-sayed-hasan/


Vladimir Poutine en 2012 : nos ennemis cherchent à fabriquer des martyrs pour nous nuire (VOSTFR)

by Neptunya | 3 mars 2015 8 h 33 min

Parole tellement vrai, 3 ans plus Nemtsov assassiné. MDR. Ne vous laissé pas avoir par la propagande occidentale, créé dans le but de faire croire que Poutine est le mauvais, certes il n’est pas tout blanc non plus, mais cet assassina ne le sert en rien. Un peu de réflexion tout de même. Lire la suite

Source URL: https://neptunya.fr/vladimir-poutine-en-2012-nos-ennemis-cherchent-a-fabriquer-des-martyrs-pour-nous-nuire-vostfr/