L’affaire du Levothyrox expliquée par le Dr Lehmann lol

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L’affaire du Levothyrox expliquée par le Dr Lehmann. Pour éviter des heures d’explications en consultation… Genre « Ma voisine qui s’y connaît m’a dit que vous me prescrivez un dangereux poison. J’ai arrêté de le prendre depuis une semaine. »

#Levothyrox . Le thread pour briller en société. C’est ici, et c’est gratuit. A la demande générale de cinq personnes.

La thyroïde est une petite glande située sur la face antérieure du cou. Une glande endocrine (ça veut dire qu’elle sécrète des hormones dans le sang, à la différence d’une glande exocrine qui sécrète sur la peau : glande sudoripare qui sécrète la sueur par exemple). Ce qu’il faut bien piger c’est que la thyroïde est un thermostat. Ouais, mec, un putain de thermostat.

Si elle s’emballe c’est l’hyperthyroïdie, ton métabolisme accélère, t’es en mode hypersonique sous acide : tu transpires, t’es tout fébrile, t’as chaud, ton cœur bat vite, t’as tendance à la diarrhée, t’es facilement à cran, tu maigris. Tu te consumes, quoi.

Si ta thyroïde ralentit, c’est l’hypothyroïdie tu te mets en mode ralenti, tu avances à la vitesse d’un personnage secondaire allant de Kings Landing à Winterfell dans les premières saisons de Game of Thrones. Et c’est « Winter is coming » : t’as froid, t’es ralenti, tu grossis, t’es constipé, ton cœur bat lentement, t’es mou, tu peux te sentir tout triste, tout ratatiné.

La thyroïde sécrète des hormones thyroïdiennes donc, mais elle ne fait pas ça toute seule sans surveillance. Dans ton crâne derrière tes yeux, au milieu il y a une petite glande appelée hypophyse qui gère ça en chef d’orchestre, qui analyse combien il y a d’hormone thyroïdienne dans le sang, et dans le cas où la production faiblit (Feignasses gauchistes de cellules thyroïdiennes !!!), l’hypophyse sécrète de la TSH, Hormone de Stimulation de la Thyroïde, pour stimuler la thyroïde, justement. Donc s’il y a suffisamment d’hormone thyroïdienne, la TSH va rester basse. S’il en manque, la TSH va s’élever parce que l’hypophyse va lancer un ultimatum à la thyroïde : bouge toi le cul, connasse.

Il y a plein de situations dans lesquelles on est amené à donner des hormones thyroïdiennes de synthèse, on appelle ça un traitement substitutif parce que le médicament se substitue à la thyroïde. Ça peut être parce que la thyroïde ne fonctionne pas, ou, (la ruse!!!!), ça peut être pour la mettre en sommeil parce qu’elle déconne. En donnant de l’hormone médicamenteuse, on trompe l’hypophyse qui se dit: Ouhlà Vindiou y’a de l’hormone thyroïdienne plus qu’il n’en faut, j’arrête immédiatement de stimuler la thyroïde! La TSH est alors basse voire effondrée, parce que l’hypophyse, tant que le taux d’hormone thyroïdienne médicamenteuse est élevé, va stopper la stimulation.

Le problème des hormones thyroïdiennes de synthèse c’est que la dose est parfois compliquée à déterminer, différente chez chaque patient. On arrive donc à la dose optimale par tâtonnement. Et pour bien faire c’est un des rares médicaments où utiliser un générique peut poser de gros problèmes parce que ce qu’on appelle la biodisponibilité va varier d’une marque à l’autre. Peut-être que chez Mr Lambda, 125 mcg de levothyroxine Dugland vont filer 120 mcg dans le sang, mais s’il change de pharmacie et de générique, peut-être que 125 mcg de Levothyroxine Duschmoll vont seulement libérer 110 mcg d’hormone dans le sang. Et pour la levothyroxine ces variations apparemment minimes peuvent avoir de grosses conséquences très mal vécues par les patients. Pourquoi? PARCE QUE C’EST UN THERMOSTAT, IDIOT !!! Et que quand tu joues avec le thermostat ça fait yoyo et t’es vraiment mal. Donc les hormones thyroïdiennes c’est un des rares médocs où on dit aux gens : une fois que vous avez trouvé la dose optimale de votre hormone thyroïdienne, évitez de changer de marque. Et on dose la TSH régulièrement, et souvent, si tout va bien elle est très basse, effondrée parfois, parce que l’hypophyse n’a aucune raison de stimuler la thyroïde.

Ce qui s’est passé récemment, c’est que l’ANSM, l’agence du médicament, a demandé au laboratoire Merck qui commercialise LEVOTHYROX de modifier un des excipients du comprimé, le lactose. Pourquoi? Parce qu’ils se sont apercus que d’un lot de médicament à un autre, ou bien dans la même boite dans le temps, la biodisponibilité de l’hormone pouvait varier. Je m’explique : tu achètes ta boite de 90 cps pour trois mois. Au début chaque comprimé de 125 mcg te délivre à peu pres 125 mcg ds le sang mais avec le temps, le vieillissement des comprimés, peut-être que sur les 10 derniers comprimés tu n’as plus que 110 mcgs délivrés à chaque prise.

Donc ce n’est pas un complot maléfique des reptiliens illuminati vaccinateurs du grand remplacement de Big Pharma, c’est une demande de l’agence du médicament dans le but de garantir aux patients une meilleure qualité du produit. Tout ce qu’ils ont fait c’est changer un des composants neutres du comprimé, le lactose, par le mannitol. Manque de pot, comme d’hab en France: aucune explication aux patients, une information technocratique aux docteurs, perdue dans la masse, pas très claire ( genre: on a changé un truc, vous ferez doser la TSH de vos patients dans 3 mois, ciao).

Donc ce qui s’est passé c’est que sur le très grand nombre de patients sous Levothyrox, certains ont ressenti des effets néfastes au changement de formule. (Because c’est un thermostat, remember?) Et comme c’est un thermostat chacun peut avoir des troubles très différents et pas forcément très spécifiques : je suis crevé. J’ai mal au bide. J’ai chaud. Je perds du poids. J’ai les jambes faibles, etc etc etc…

Et on a maintenant, en l’absence de toute calamité infectieuse, en l’absence de tout risque majeur, l’ébauche d’une magnifique shitstorm. Une information de médiocre qualité. Pas de prise de conscience en amont. Une modification de formule justifiée mais pas expliquée. Des patients (pas tous) qui découvrent soudain que leur sensation de malaise récent est peut-être liée à cette modification de formule et ont l’impression d’être la dernière roue du carrosse, surtout s’ils ont à un moment ou un autre eu pour toute réponse à leurs interrogations : “Circulez y’a rien à voir c’est dans votre tête”. Des soignants pas ou mal informés. Une agence qui n’imaginait pas les conséquences du changement de formule. Un labo qui dit : nous on a juste fait comme nous ont demandé les autorités, merde ! Des journalistes dont beaucoup hélas ont la culture scientifique d’un conseiller de Donald Trump. Saupoudrez là-dessus quelques associations de patients bien barrées sonnant le tocsin et balançant à la presse des trucs invraisemblables pas vérifiés, ce qui fait naitre la panique. On est pas bien loin, là, d’un énième foirage de santé publique dont on aurait pu faire l’économie avec un peu de cette démocratie sanitaire dont on nous rebat les oreilles depuis des années mais qui sert essentiellement à filer des postes bien payés à des nuisibles bourrés de conflits d’intérêt mais ceci est une autre histoire. Donc pour résumer : c’est pas un complot. Juste de l’incompétence. Et le problème c’est que la thyroïde c’est un putain de thermostat.

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