Les Acides Gras Insaturés

Imprimez l'article

LES ACIDES GRAS INSATURÉS
Souplesse et perméabilité de la membrane cellulaire

Les Acides Gras

  •  Un acide carboxylique est un composé possédant la fonction COOH (= carboxylique) et qui peut s’écrire R-COOH, R remplaçant n’importe quel chaîne ou atome et le « H » est celui qui part en solution.
  •  Un acide gras, est un acide carboxylique dont la chaîne R est très très longue (16 à 18 atomes de carbones pour les plus courant)
  • Un acide gras saturé est un acide gras ayant des atomes de carbone totalement saturés en hydrogène. Toutes les liaisons sont simples ce qui donne à l’ensemble une certaine linéarité (car peu d’encombrement).

· Si certains atomes sont insaturés, c’est-à-dire qu’il y a un manque d’atomes d’hydrogène, une ou plusieurs doubles liaisons apparaissent : ce sont des acides gras insaturés. De part la présence de cette double liaison, les molécules vont pouvoir s’orienter différemment dans l’espace. Elles vont adopter des configuration dans laquelle les répulsions seront minimales et différents cas de figures sont possibles : former des coudes (appellation « cis »), ou rester linéaire (appellation « trans »). L’orientation cis ou trans va modifier la structure tridimensionnelle des acides gras. Une double liaison cis crée un coude dans la chaîne carbonée, tandis que la double liaison trans a plutôt une structure globalement rectiligne. Dans la nature, les acides gras ont très majoritairement une orientation cis.

Triglycéride = regroupement de 3 acides gras
Phospholipide = regroupement de 2 acides gras formant les deux queues (en bas) fixés sur une tête tête hydrophile (haut)

Au sein des organismes vivants, les acides gras sont souvent associés en triglycérides (regroupements de 3 acides gras collés ensemble par un ester). Les triglycérides sont hydrolysables, les acides gras peuvent donc être libérés.
C’est ce qui se passe avant leur incorporation au sein de la membrane cellulaire grâce à l’action des enzymes lipase et colipase.

Mais ces deux enzymes sont hydrophiles et pour s’accrocher au triglycéride hydrophobe, ils doivent être émulsionnés. D’où l’importance de la bile pour réaliser cette émusion (la bile est elle-même une émulsion de phospholipides et de sels biliaires).

Les acides gras vont cette fois se regrouper par deux en formant un phospholipide (PL). Un PL comporte une tête hydrophile et deux queues hydrophobes qui sont des chaînes d’acide gras saturés ou non.
La membrane cellulaire est constituée d’un réseau serré de PL alignés et liés les uns aux autres par des forces de liaison électriques faibles.

  •  Les acides gras saturés s’alignent et s’associent les uns aux autres de manière très régulière pour donner un composé gras visqueux ou d’aspect rigide (beurre).
  • Les acides gras insaturés, à l’opposé et du fait de leurs formes irrégulières ne s’emboîtent pas bien, ne s’associent pas et forment un composé gras huileux et fluide.

Membrane cellulaire

À gauche : la membrane est moins perméable
À droite : panachage entre acides gras saturés et insaturés, la membrane est plus perméable
Les propriétés physico-chimiques et biochimiques de la membrane sont modifiées
La membrane cellulaire est constituée de phospholipides dont les deux queues sont des acides gras saturés ou insaturés. Ces AG sont:

  • Acides gras saturés de 14, 16, 18 ou 20 atomes de carbone (acides palmitique, stéarique, arachidique, etc.).
  • AA insaturé (Acide arachidonique Ω6, C20, 4 double liaisons).
  • DHA insaturé (Acide docosahexaénoïque Ω3, C22, 6 double liaisons) (50% dans les cellule photoréceptrices rétiniennes).
  • ALA (acide α-linolénique, C18, 3 d.l.) et EPA (acide eicosapentaénoïque, C20, 5 d.l.) insaturés (Ω3 précurseurs du DHA) en quantités bien moins importante que les deux précédents.

Les acides gras essentiels sont des acides gras insaturés que les mammifères ne peuvent pas synthétiser. Ils doivent donc obligatoirement se trouver dans leur alimentation.
ALA est essentiel et le précurseur des Omega 3 (EPA, DHA)
AL (acide linoléique) est essentiel et le précurseur des Omega 6 (AA : acide arachidonique)
AA, EPA et DHA ne sont pas stricto sensu essentiels. Cependant, leur synthèse chez l’homme est très variable et diminue avec l’âge, un apport complémentaire par l’alimentation est généralement indispensable. On peut donc les considérer comme semi-essentiels.

Les proportions relatives de ces AG varient considérablement d’un type de cellule à un autre. Si la proportion d’acides insaturés est insuffisante, la membrane est rigide et perd en perméabilité. La perméabilité est nécessaire pour assurer l’acheminement des divers nutriments dans et hors de la cellule.
Les entérocytes sont les premiers à bénéficier de l’arrivée d’acides gras insaturés favorisant ainsi le passage des nutriments grâce aux meilleures performances de la membrane cellulaire.

DHA (Acide docosahexaénoïque, C22H32O2)

Parmi les acides gras trouvés dans le corps humain en quantitié significative, le DHA comporte 6 double-liaisons et est le plus insaturé de tous. Le DHA (de même que EPA, un de ses précurseurs) est normalement synthétisé par le foie à partir de l’ALA végétal (huiles de noix, lin, colza, germe de blé, soja). Le taux de conversion est très variable, allant de 0,2% à 21% pour l’EPA et de 0% à 9% pour le DHA.

ALA => DHA
ALA => EPA <=> DHA

  • · Le DHA est plus intéressant que l’EPA qui provoque une baisse du système immunitaire, augmente la peroxydation lipidique et réduit la synthèse d’AA. Le DHA au contraire réduit la peroxydation lipidique dans les vaisseaux, même à faibles doses.
    À noter que le DHA peut ponctuellement se rétroconvertir facilement en EPA quand le corps en a besoin.
  • L’huile d’algue est plus intéressante que l’huile de poisson
    On trouve cet Oméga 3 déjà préformé dans les huiles de poisson et dans les huiles de microalgues. Les poissons ne fabriquent pas eux-mêmes les acides gras, ils les assimilent à partir de leur nourriture. L’huile de poisson contient de l’EPA alors que l’huile d’algue (souches Ulkenia et Schizochytrium sp) n’en contient pas. Aujourd’hui, le DHA est souvent prélevé à la source à partir de production d’huile de microalgues, ce qui préserve la biodiversité et évite l’apport de métaux lourds (algues de culture en eau de qualité contrôlée).
  • On le trouve en forte concentration dans les cellules de la rétine
    et dans la matière grise du cerveau, notamment dans les membranes neuronales, dans les jonctions synaptiques entre neurones, dans les cellules gliales (environnement des neurones).
  • Il est présent dans les testicules et dans l’éjaculat. Il est nécessaire pour assurer la mobilité des spermatozoïdes (en particulier leur capacité à s’arrimer à l’ovocyte : le DHA est présent dans l’acrosome, la partie antérieure du spermatozoïde).
  • Il joue un rôle au niveau du système immunitaire (gestion positive de la réaction inflammatoire et sa résolution).

Quelques propriétés thérapeutiques

En modifiant les propriétés de la membrane cellulaire, les Ω3 lui permettent de se déformer facilement. La cellule peut être étirée ou contractée sans dommage, elle résiste mieux aux contraintes mécaniques (cas des cellules contractiles, cardiaques, période de croissance rapide, cicatrisation, …).

  • Cœur : résistance aux déformations mécaniques
    Les cellules résistent ainsi mieux aux contraintes dues aux battements. Un bon taux de DHA diminue les risques d’arythmie.
  • Hypertension : élasticité et résistance des tissus vasculaires
    Des membranes riches en DHA, donc des tissus vasculaires plus flexibles, sont plus aptes à gérer la pression sanguine.
  • Spermatozoïdes : fertilité masculine
    Ils ne sont efficaces que si l’acrosome est riche en DHA. En effet, l’acrosome se forme par fusion d’une multitude de vésicules. En cas de déficit en DHA, la fusion ne se produit pas et la forme conique du spermatozoïde n’apparaît pas. Le spermatozoïde malformé est incapable de pénétrer dans l’ovocyte.
  • Neurones : drainage cérébral, élimination des bêta-amyloïdes
    Le métabolisme des neurones conduit à la production de déchets (radicaux libres) qui détériorent principalement leur membrane. Ces déchets sont éliminés pendant les phases de sommeil lent et profond quand le métabolisme cérébral est ralenti.
    Or, le système lymphatique n’irrigue pas le cerveau et ne peut donc pas participer à ce « nettoyage ».
    En 2012, des chercheurs allemands ont découvert que le liquide céphalo-rachidien circule dans l’interstice des cellules cérébrales, car l’espace libre entre les cellules augmente considérablement durant le sommeil.
    Plus les cellules sont souples et aptes à se déformer, plus le drainage « nettoyeur » est efficace. À noter que ce liquide analysé en sortie du flux montre une concentration en toxines, surtout en protéines bêta-amyloïdes, des molécules dont l’accumulation dans le cerveau est responsable de la maladie d’Alzheimer et autres maladies dégénératives.

Biblio

· Xie, Kang, Xu et al, Sleep Drives Metabolite Clearance from the Adult Brain (Science 2013), <http://www.sciencemag.org/content/342/6156/373>
· Voir aussi l’interview de Maiken Nedergaard qui a piloté l’étude, <https://www.youtube.com/watch?v=96aZtk4hVJM>

  • · Myéline : vitesse de la transmission de l’influx nerveux
    La myéline est composée de 30 % de protéines et 70 % de lipides (cholestérol, DHA, acide oléique, GLA = acide gamma-linolénique, sphingosine). L’acide oléique et le DHA sont les deux principaux acides gras, le DHA représentant normalement environ 6 % des acides gras totaux.
    Une diminution du taux de DHA dans la myéline est corrélée à une augmentation du temps de latence réflexe du nerf (perturbation la transmission des impulsions électriques, réponse électro-physiologique diminuée).
  • · Muscles : anabolisme amélioré, insuline plus efficace => résistance et énergie
    Les cellules constituant les fibres des muscles striés (myocytes ou myofibres) sont des cellules de forme cylindrique à plusieurs noyaux.
    Une insuffisance en AGPI et particulièrement en DHA dans leur membrane est associée à une résistance à l’insuline et à l’obésité chez les adultes.
    Une augmentation des taux de DHA / EPA membranaire augmente l’efficacité de l’insuline et la consommation cellulaire de glucose et d’oxygène lors des contractions améliorant ainsi la résistance musculaire. La composition des acides gras phospholipidiques s’en trouve modifiée (diminution du taux d’acide arachidonique), l’anabolisme et la production d’énergie cellulaire est amélioré.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.